Lumière sur une artiste

Marie Bagi vous présente,

"Artiste peintre"

Anat Rosenwasser
Anat Rosenwasser

A la mi-juillet, Anat m’a ouvert les portes de son atelier. Ce fut un moment mémorable car je me suis sentie tout de suite très proche de l’artiste et de ses œuvres. Nous avons commencé l’entretien par des faits de nos vies et ceux-ci ont découlé sur le récit de son art. Pour commencer, elle me confia qu’elle avait toujours peint et dessiné. Malgré une formation en économie, HEC, à l’Université de Lausanne et avoir travaillé dans la branche pendant des années, elle décida de se consacrer à l’art.

 

En 1998, elle commençait un cours chez l’artiste Dominique Troillet et réalisait à ce moment-là, des dessins de nus. Un article sur Gina Baumann dans le magazine Tout ménage lui donna l’envie de se rendre chez elle. Cette dernière lui proposa de s'exprimer avec le matériel qu’elle avait à disposition, selon son élan, en toute liberté. A partir de cet instant, Anat réalisait des gestes desquels découlèrent des cercles sont nés des personnages abstraits dont les traits peuvent tout de même être reconnu ; comme par exemple, des femmes enceintes – voir première photographie. Elle montre également un autre type de nu réalisé par un système de « caches » me dit-elle. Ces œuvres sont une accumulation de couches superposées et cachent le nu – voir deuxième photographie. 

 

Dans ces tableaux que je vois défiler deux éléments m’interpellent : le rouge et le mouvement. En effet, le rouge est une couleur récurrente dans le travail de l’artiste. Le rouge fait référence au présent, à un sentiment. Le mouvement quant à lui est, non seulement présent dans le geste de l’artiste, dans ses traits circulaires mais aussi dans cette superposition de couches qu’elle réalise, notamment sur ses anciennes œuvres. Elle fait alors du recyclage tout en faisant revivre son œuvre. La transformation et la mutation sont deux aspects très importants car ils donnent parfois le ton au travail de l’artiste. Encore une fois, la notion de mouvement est importante. Ce mouvement va même nous amener à parler de « transition ». En 2011, un projet d’exposition avec son amie Véronique Marmet, partie voyager au Laos, emmena Anat dans son propre périple : « Identité ». 

 

D’origine juive, Anat est née en Israël et parle couramment hébreu. Ayant grandi en Suisse, sa recherche artistique va finir par se concentrer sur la thématique de l’identité. Elle voulait trouver un moyen de faire ressortir ce concept dans ses tableaux. Au fil de la création apparut un élément bien visible sera l’aleph c’est-à-dire la première lettre de l’alphabet en hébreu – voir troisième photographie, dans les premiers de la série. L’alphabet devient alors significatif dans son œuvre et va donner naissance à une nouvelle série de tableaux Shir. S’ajoutent à elle des mots qui deviennent comme des mantras pour l’artiste ; écrits et réécrits sur plein de couches superposées ou non. Le mouvement y est toujours présent et joue le rôle de processus pour découler sur une certaine évolution constante. 

 

En 2016, la série Pour commencement voit le jour ; toutes les lettres de l’alphabet hébreu sont mises à l’honneur au moyen de différents médiums avec une couleur primaire et deux complémentaires. Parallèlement, c’est une année très dure pour l’artiste qui se retrouve confrontée à d’importantes séparations. Ce qui l’amena, l’année suivante, à toucher au syndrome de la toile blanche en action. Les couleurs de ses toiles ne sont plus aussi vives et le recyclage lui ramène le passé au goût du présent. Mais, cette phase passée, Anat réinsuffle les lettres de l’alphabet dans son œuvre et y ajoute même une figure animale qui est le taureau – grâce à la demande d’un ami. Elle découvrira, lors de recherches, que le taureau n’est autre que le pictogramme du aleph. Cette figure devint encore plus spéciale à ses yeux et à son œuvre.

 

Si vous avez l’occasion de pouvoir visiter son atelier ou échanger avec l’artiste, je vous le recommande. Une richesse dans la personne et dans les œuvres est évidente. Le concept de l’intime se transmet au travers de la notion d’identité. Le fait d’appartenir à deux mondes lui permet de mettre de la force et du caractère dans son œuvre, et pas seulement. J’ai été admirablement surprise du récit de sa vie et son œuvre. L’artiste a su se livrer de manière transparente, comme si nous nous connaissions depuis toujours. Une œuvre dont le vécu mérite d’être connu du public. 

Auteure : Marie Bagi, docteure en Histoire de l’art contemporain et Philosophie

Publié le 23 octobre 2019