Lumière sur une artiste

Marie Bagi vous présente,

 Aurore Mesot 

"Artiste peintre"

Hunan - 2019
Au-delà - 2016

Avant Noël, j’ai rencontré cette jeune et dynamique artiste. Une rencontre très touchante qui s’est faite à la Haute École Pédagogique de Lausanne, au milieu de ses œuvres qu’elle expose sous le titre « Au-delà ». Cette exposition met en évidence les questions que les gens se posent à propos de l’art. Chaque tableau est une identité à soi. Chaque personne est unique mais pourquoi ? Qu’est-ce qui fait que l’unique transparait en chacun ? Je vous le demande. Des portraits, principalement, longent un couloir bénéficiant de murs blancs qui font ressortir l’éclat des couleurs utilisées. Mon regard est attiré par la douceur des traits d’une jeune africaine au turban orangé – tableau en annexe. Les coups de pinceau sont précis. Le contraste entre ce fond vert et la peau de la jeune femme est remarquable. Un doux mélange qui donne un résultat percutant.

 

Aurore me confie que ce tableau s’intitule « Étiquette » et qu’il n’était pas censé être exposé – pour une certaine raison qu’elle évoqua et qui sera tue dans cet article. Elle m’explique que ce qui nous définit sont malheureusement les étiquettes que certaines personnes nous donnent. Ce qu’elle veut montrer ici c’est qu’il faut aller « au-delà » de ces étiquettes et des stéréotypes ; « au-delà » du tableau, des apparences, plus loin que ces notions sociétales fermées et écrasantes. Une porte ouverte sur les femmes dans la société est la voie qu’elle souhaite emprunter. Le mot clé de cette démarche est « ouverture ». Elle déconstruit pour reconstruire ensuite les éléments stéréotypés afin de transmettre une nouvelle image. Aurore est une grande optimiste dans son travail artistique et veut faire passer un message afin que les gens continuent de se battre dans la vie, pour ce qu’ils sont et pour ce dont ils croient. Elle me cite « le jour où l’on montre que l’univers a une limite, l’humain en aura une aussi ». Le concret qui est l’humain est donc relié à l’abstrait des diverses formes dans ses portraits. L’être humain est un mélange dans sa composition et c’est cela qui la passionne. Elle réalise également des parties du corps tels que des yeux ou des membres fondus dans la couleur afin de mieux percevoir cette réalité de l’humain. La touche picturale est lancée dans un mouvement tel celui de la danse. Cette dernière est le reflet de ce que nous sommes et qui va basculer vers une notion identitaire cachée, voire thérapeutique. Le lâcher prise est le résultat, le constat de ce qui est là. Dans ses toiles, Aurore se dévoile au public et n’a pas peur de se « lâcher prise ».

            

Aurore aime jouer avec les couleurs et cela se ressent. Depuis sa plus tendre enfance, Aurore s’est vue en contact avec l’art. En effet, voulant éviter l’ennui, elle rechercha une activité qui puisse la satisfaire. Pour cela, elle me confie que la meilleure des activités qu’elle put trouver, fut le dessin. Une simple feuille et un crayon lui permettaient de dessiner tout ce qu’elle voyait. Elle me dit alors qu’elle traduisait une certaine réalité, à sa manière basée souvent sur les relations humaines, sur l’expérience. A onze ans, son professeur principal évoque le peintre expressionniste Edvard Munch (1863-1944) et son fameux tableau « Le cri » - réalisé entre 1893 et 1917. Elle se souvient que cette œuvre l’avait beaucoup impressionnée et qu’elle se demanda alors pourquoi Munch s’était intéressé à dépeindre ce geste, ce son inaudible. Pour elle, cela évoquait quelque chose qu’il fallait sortir de soi ; crier ce qu’il y avait à l’intérieur de soi. Ainsi, une porte peut s’ouvrir ; une porte qui s’ouvre sur elle-même. Elle commença donc la peinture. Sa maman lui offrait des pinceaux régulièrement et ceci afin d’étancher la tristesse qu’elle ressentait au fond d’elle-même. Une sorte de solitude, ou de décalage personnel qu’elle ressentait face au monde – elle se sentait différente… et très seule.

Une volonté d’extérioriser une peine qui vient de l’âme afin de tendre vers le vrai de soi. Avec l’art, Aurore donne tout ce qu’elle peut. Mais au départ, il n’en était rien. Elle ne voulait rien  montrer. Il fallait qu’elle possède une certaine confiance en elle-même. La force et la douceur sont des traits qui se ressentent en elle lorsque nous discutons. Elle me dit alors que nous sommes tous humains et que lorsqu’elle en a pris conscience, elle était prête à montrer ses œuvres. Elle fit une première petite exposition dans un petit restaurant, une seconde en groupe ainsi qu’une troisième faite d’installation (en groupe aussi) . « Au-delà » marque donc sa première grande exposition en solo et dans un espace plus conséquent. 

            

Parallèlement à son art, Aurore a étudié la psychologie à l’Université de Lausanne. Passionnée de voyages, elle en réalisa beaucoup et surtout aux États-Unis et principalement à Los Angeles – mais pourquoi pour l’art car au-delà d’être peintre, Aurore est également une danseuse de hip hop. Nous avons donc compris que la raison pour laquelle elle se lève le matin, c’est l’art.

 

Auteure : Marie Bagi, docteure en Histoire de l’art contemporain et Philosophie

Publié le 4 février 2020 

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