Lumière sur une artiste

Marie Bagi vous présente,

 Camilla Sauvin 

"Artiste"

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Aujourd’hui je vous présente l’artiste Camilla Sauvin qui m’a si gentiment ouvert la porte de son agréable atelier se trouvant dans son jardin, à côté de sa maison. Elle me fait alors découvrir son monde en partageant des anecdotes importantes sur son être artiste. Il n’est jamais évident pour une artiste de se livrer, surtout à la première rencontre, mais Camilla a su se dévoiler, dès les premiers instants.

Camilla est très créative depuis l’enfance. Sans doute cela lui vient-il de sa mère qui l’était également. Après, une hospitalisation, survenu durant ces années, son impulsion créatrice s’est renforcée. À quinze ans, c’est la révélation : elle sait qu’elle veut devenir peintre. Malgré cette conviction, au départ, elle évolue dans des sphères de l’art mais ne pouvait se consacrer à sa peinture totalement, ce qui la frustrait beaucoup. En effet, elle réalise un parcours en archéologie, en création de décors théâtraux, dont elle est diplômée depuis 1995, et aussi, elle pose en tant que modèle aux Beaux-Arts de Genève entre 1990 et 1995. Elle évolue également dans ce qu’elle appelle ici, le milieu alternatif. Elle vivait, continue-t-elle, dans un squat ; sortait dans les bars, restaurants et galeries uniquement dans des squats. C’étaient les lieux où la créativité était présente, sans l’argent qui venait régir ces derniers. Elle ajoute qu’elle ne fréquentait que des squatteurs.

 

Dans les années 1990, elle suit régulièrement des copains qui réalisent des graffiti en trompe-l’œil. En 1998, elle réalise une formation de forestière, au Mont-sur-Lausanne, car elle se sent tout aussi proche de la nature. Elle me confie que l’art lui provient de sa mère, danoise, et que la nature lui provient de son père, français (Jura-Marseille). Elle fut pionnière de ce métier à Genève. En 2001, elle se dirige vers une spécialisation en environnement et travaille ainsi pendant dix ans pour ProNatura à Cheseaux-Noréaz. Elle s’occupe notamment des expositions interactives pour les enfants ainsi que des illustrations pour le fascicule « Croque-nature ». Elle possède également une pratique dans la photographie lors de fouilles archéologiques où elle recrée des surfaces et ce, au tout début de l’air du numérique. En 2006, lorsque sa fille naît, elle put reprendre enfin la peinture à la maison et aussi faire des expositions. Elle a tout de même eu des travaux alimentaires tel que l’entretien de serres à Perly, mais cela n’a plus jamais pris le pli sur la peinture. Elle donne des cours de peinture à son atelier pour les enfants. 

Camilla continue en me disant que la plupart des travaux cités plus haut sont la conséquence de la perte d’un proche. Elle perd son père lorsqu’elle avait neuf ans. La peinture, depuis, est une évidence et cette dernière ne l’a jamais quittée : une vocation. Lorsqu’elle a perdu son ami de l’époque, elle est devenue forestière. Mais, me dit-elle, la meilleure façon de s’exprimer pour elle, reste la peinture. Un besoin qui relate des idées et des envies provenant de différentes choses, continue-t-elle. Cela peut provenir de voyages, de films ou encore de rêves. Elle va ainsi recréer ou travailler sur l’image qu’elle a en tête. Cela peut être abstrait comme l’utilisation de la couleur, la recherche d’une vibration de la couleur afin qu’elle puisse aussi transmettre un message. Elle a un intérêt certain pour la création des pigments qui lui provient des tableaux des grands maîtres dont elle va parfois ressentir l’influence, comme un recyclage de l’utilisation des détails que nous trouvons dans leurs toiles, telle une deuxième main, me dit-elle. Elle continue en citant Marcel Duchamp (1887-1968) lorsque ce dernier disait que « l’art est mort », comme si nous en avions fait le tour. Camilla va ainsi revisiter ses toiles avec la superposition de coulures et de spay – effets du Street Art – comme lâcher-prise mais aussi comme allant à l’encontre de l’extrême précision et contrôle des œuvres des grands maîtres. Il y a donc un parallèle entre couleurs anciennes et couleurs nouvelles – éléments qui viennent contribuer au dynamisme de la toile, lui dis-je.

Aussi une figure va également revêtir ses toiles ; il s’agit de la Sylvidre, une femme végétale qui va prendre tout son sens lorsqu’il est question des problèmes actuels reliés à l’écologie et au féminisme. Ainsi, elle découvre « l’éco-féminisme ». Cette Sylvidre, lui dis-je, pourrait être la porte-parole symbolique de ce mouvement si inclut dans le monde de l’art. Dans ses tableaux, la Sylvidre semble être en attente mais positive, me dit-elle, même si elle est en position de guerrière. Elle va déployer ses forces en tant que combattante pour la nature. 

Je remarque un tableau grand format derrière elle et je lui demande alors de quoi s’agit-il. Camilla me raconte qu’il relate un épisode de sa vie, en 1998. Lors d’une manifestation pour l’OMC – Organisation Mondial du Climat – elle s’était placée à l’arrière de la foule, pour prendre des photos, où se trouvait une ligne de policier prêts à charger ; nous retrouvons cette même ligne dans ce tableau. Les détails y sont captivants, d’ailleurs, je l’ai remarqué en entrant dans l’atelier. Il prend tout à coup tout un sens. C’est pourquoi il est toujours important de connaître l’origine d’une œuvre et j’insiste sur le fait. Lorsqu’elle organise une exposition, continue-t-elle, elle a toujours un mot qui lui vient à l’esprit. Ce mot pour ce tableau est « sauvage » car c’est le sentiment qui l’a animée lorsqu’elle s’est trouvée en face de cette horde de boucliers ; le sentiment d’être traquée tel un animal sauvage par un chasseur. 

En ce moment, Camilla travaille sur les illustrations des contes de Hans Christian Andersen (1805-1875), écrivains danois, et dont l’univers la fascine ; un lien en plus avec le Danemark qui a bercé son enfance. Elle m’a donc montré les premières esquisses de son travail qui est incroyablement détaillé. Je me réjouis d’ailleurs de les voir terminés. Un autre élément scandinave que nous retrouvons dans certaines de ses œuvres, ce sont les bougies qui semblent être la source d’inspiration de la toile qu’elle illumine. La manière dont la lumière se repend dans la toile donne une atmosphère chaude et rassurante : la toile devient un véritable refuge. Elle conclut alors que lorsqu’un artiste crée, c’est souvent instinctif et qu’il est parfois difficile de s’exprimer sur leur contenu. C’est pourquoi, lui dis-je, je suis également là pour toutes vous accompagner dans ce processus.

 

 

 

Auteure : Marie Bagi, docteure en Histoire de l’art contemporain et Philosophie 

 

Publié le 22 février 2021