Lumière sur une artiste

Marie Bagi vous présente,

 Dona Cetoute 

"Artiste"

Possède-moi ou pas - 2019
Abîme - 2020

Fin juin, j’ai rencontré cette jeune artiste, qui a pour sujet principal, la nature. D’origine haïtienne, elle est arrivée en Suisse après le tremblement de terre de 2010.

Un événement qui l’a beaucoup touchée et dont elle s’inspirera pour sa création. 

 

L’importance de la nature est notamment flagrante dans sa vidéo Immersion d’une durée de 14’’08’ – c’est d’ailleurs des photographies de cette performance qui apparaissent en premier lorsque vous tapez son nom sur Google. Dans cette œuvre, nous voyons tout d’abord une parcelle de plage avec le mouvement de l’eau. Le bruit des vagues est très prononcé. Il résonne même dans nos oreilles et laisse transparaître le calme et la sérénité. Puis apparaissent le visage d’une femme ainsi que son corps, entortillé par des fils électriques. Nos pouvons nous rendre compte alors que cette femme est prisonnière de ces fils tel l’Homme dans la technologie. Nous la voyons avançant dans une forêt luttant avec ces fils qu’elle doit porter tel un fardeau. Ensuite, un espace noir où la femme se tient statique de face et de profil derrière l’encadrement d’une porte comme pour souligner sa présence tout comme la lumière qui illumine son corps vêtu d’une robe au ton pâle. Un homme surgit. Il porte un masque confectionné également avec des fils électriques. Il semble exécuter une danse au reflet du soleil et des arbres environnant. Réapparaît alors la pièce noire avec cet encadrement de porte. Nous voyons ressurgir la femme, vêtue de sa robe pâle mais aussi de ces fils électriques. Elle avance péniblement. Elle se retrouve à nouveau dans la forêt mais elle n’est pas seule. L’homme au visage masqué de fils électriques la suit de près. L’image devient saccadée. Elle a de plus en plus de mal à porter son fardeau. Elle traîne ces fils, tombe et se relève. Elle essaie de se libérer de ces chaînes qui la maintiennent prisonnière comme d’elle-même. Elle s’exécute comme si elle dansait. Elle lutte comme si les fils étaient vivants et plus elle essaie de s’en détacher, plus ils s’agrippaient à elle. Un combat s’engage. Elle est au sol. Elle se relève en prenant appui sur ses genoux. Elle dégage une partie des fils localisés sur sa poitrine. Elle constate alors sa libération en se touchant les épaules. Elle se relève et les fils qui entouraient sa taille descendent peu à peu le long de ses jambes. Elle lève les bras au ciel et commence à marcher. Son pied gauche est toujours enchaîné par les fils qu’il traîne. Elle va à l’eau, ses pieds sur le sable. Elle enlève les derniers fils accrochés à son pied et s’avance dans l’eau jusqu’à immersion totale. Le bruit des vagues se fait entendre à nouveau. Le calme et la sérénité se font ressentir. Nous nous éloignons ainsi de la lutte que la femme a mené contre des éléments issus de la technologie. La nature reprend le dessus et la vie continue. 

 

Dans cette œuvre, nous sentons la volonté de l’artiste d’axer sa recherche sur un retour aux sources. Le point de départ est marqué par la présence de l’eau qui est une force de la nature et plus particulièrement, par la vague qui, comme nous le savons, peut être des fois dévastatrice. Ici, il est plutôt question de la quiétude de cet élément naturel qui nous amène à plonger en soi, à nous demander ce qui est réellement important. La nature finit toujours par triompher et ce, même sur la technologie. Cette dernière essaie de prendre un certain ascendant sur la nature et lutte difficilement pour y arriver. Les forces humaines et naturelles combattent. Mais, je vous pose cette question, quelles conséquences seront alors observées sur l’homme et son environnement ? Quels impacts tout ceci est en train de créer ? 

Nous disons bien souvent que nous nous sentons tout petits face à la nature qui est bien plus forte et qui ne peut être à chaque fois, maîtrisée. L’art de Dona est une manière d’exprimer ce ressenti. A travers du vécu, et pas seulement, elle nous raconte une histoire : celle de l’impact que nous laissons dans l’environnement et comme celui-ci se défend.

 

Jeune artiste de talent, Dona a énormément à transmettre. Etant architecte, architecte d’intérieur et scénographe, elle démontre, à travers son travail, l’importance du dialogue entre l’Homme et l’environnement en renvoyant l’Homme à un questionnement de soi certain. La question de l’intime passe par le vécu lié à une catastrophe naturelle qui a marqué, à jamais, chez elle, une volonté de faire tomber les limites de diverses réalités qui constituent notre environnement, notre monde. 

 

 

Auteure : Marie Bagi, docteure en Histoire de l’art contemporain et Philosophie

Publié le 25 décembre 2019

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