*** Lumière sur une artiste ***

Marie Bagi vous présente,

 Elodie Hirschmann 

"Artiste peintresse"

Elodie Hirschmann
Elodie Hirschmann

            Aujourd’hui je vous présente l’artiste peintresse Elodie Hirschmann que j’ai rencontré autour d’un café au Bleu Lézard à Lausanne. Dès les premiers échanges, je ressens la particularité d’un être artiste peu commun. Entre une vie, quelque peu, déchirée et une soif de création, je perçois Elodie comme une artiste qui n’a pas fini de montrer au monde l’importance et le besoin qui régissent sa vie entière et qui sont témoins d’œuvres possédant des caractéristiques particulières. Rencontre.

Née à Genève, Elodie vit depuis une année avec son conjoint à Caux, Vaud. Elle effectue sa scolarité entre Genève et Lausanne. Depuis l’enfance, Elodie me raconte qu’elle dessine et que depuis quelques mois, elle s’est mise à la peinture. Lorsque je lui demande d’où provient sa vocation artistique, elle me répond de son grand-père et sa grand-mère, probablement, l’un architecte, l’autre créateur de vêtement. Elle n’a pas bénéficier d’une formation malgré qu’elle l’ait souhaité. Elle s’est dirigée, pendant un temps, vers des études en sport et en santé. Sentant que quelque chose lui manquait, elle est tombée en dépression et n’a pas terminé son cursus. En 2019, elle réalise que c’est l’art qui manquait cruellement à sa vie et que sa vocation était restée enfouie en elle. Malgré le mal-être dans lequel elle se trouvait, elle a su trouver la voie de la peinture qui fut salutaire. Elle le dit encore : cela lui a sauvé la vie. Elle me dot qu’elle apprend beaucoup en peignant et, notamment, sur elle-même. Elle utilise principalement l’acrylique. Ses deux plus jeunes sœur et frère font l’école d’art de Saxon, Valais, où ils manipulent peinture et dessin. Sur cinq enfants, trois ont choisi des carrières artistiques. Cela leur provient de leur mère qui crée des personnages sur Photoshop, notamment. Elodie ajoute que son conjoint la soutient beaucoup également.

En découvrant son profil Instagram, je remarque que des personnages, sans visages et entourés de lumière, sur ses toiles. Je lui demande alors pourquoi ces derniers et qu’ont-ils à dire ? Elle me répond que ces personnages viennent de l’éveil car, longtemps, son côté émotionnel était bloqué à cause d’événements vécus. Ils sont venus tous seuls comme appeler par la peinture, me dit-elle. Elle reçoit des images dans sa tête et est comme guidée vers la création. Dans ces moments, elle ne réfléchit pas. C’est comme si elle retournait vers quelque chose de spirituel, de plus profond qui va dépasser son propre être. Ces images sont retranscrites dans la toile tels des messages qu’elle se doit de transmettre au public, au monde. D’ailleurs, elle me dit qu’elle souhaite que le public ressente le sentiment de la plénitude en les regardant et que, ainsi, il ne se sente pas ou moins seul, comme accompagné. En général, continue-t-elle, les images lui viennent la nuit et elle les peint le lendemain. En regardant ses toiles, nous nous apercevons que la forme du cercle y est récurrente comme faisant référence à la lune ; elle l’inspire peut-être tout autant que ses personnages, me dit-elle. De plus, elle se sent guidée par la lumière qu’elle transpose alors dans ses œuvres et, en effet, elles sont très lumineuses. Elle ajoute que, très souvent, elle reçoit des messages de la part du public qui lui dit que ses œuvres réveillent en eux leur côté spirituel. Parfois, me dit-elle, elle a l’impression d’être spectatrice de ce qu’elle fait comme si elle n’était que messagère de ses personnages lumineux. Ce processus lui a appris à gérer ses émotions et de devenir neutre dans certaines situations. Elle se sent ainsi en phase avec ces dernières. Petite fille, elle dut contenir l’expression de ses émotions car elle a grandi dans une famille où rien n’était exprimé/dit. C’est à ce moment que les personnages ont commencé à apparaître dans ses dessins.

Avec un vécu lourd et difficile, Elodie trouve refuge dans l’art qui devient thérapeutique car il l’a fait sortir de ses angoisses avec la transmission d’un certain message à elle-même mais aussi au public. Nous évoquons alors l’idée de peindre en public. Serait-elle prête à réaliser cette performance intime où le public serait témoin direct de ces messages transmis ? Pourquoi pas, me répond-t-elle. Mais, ajoute-elle, c’est une expérience assez perturbante car recevoir une image, la déconstruire puis la reconstruire sur la toile, c’est tout un processus qui lui demande beaucoup d’énergie. C’est comme transformer ses pensées profondes en matière. C’est pénétré dans sa sphère intime ; dans un appel fort qui lui vient du plus profond d’elle-même. En effet, cet appel lui a fait s’orienter à nouveau dans l’art et de reprendre ce qu’elle a laissé à son grand désarroi. Pour mieux revenir, lui dis-je.

Même si nous avons l’impression que son art a connu une évolution, Elodie me dit pourtant que la réception des images ne lui fait que constater positivement cette dernière et qu’elle ne peut l’expliquer concrètement. Peut-être une évolution dans les messages ou images qu’elle reçoit. Il faudra voir ce que sa peinture va continuer de fournir.

Elodie, n’ayant jamais exposé au cours de sa jeune carrière, vend un peu, malgré tout, ses œuvres et reverse CHF 100.- à la Société Protectrice des Animaux, une cause à laquelle elle est très sensible possédant elle-même un chien, un bouledogue français Pandora. Elle a peint vingt-deux toiles depuis le début de l’année et se trouve dans une phase très productive, me dit-elle. Une jeune artiste à suivre de près car sa personnalité et sa technique révèlent un talent certain qui ne fera que perdurer dans le temps. Ayant vécu des situations négatives par le passé, Elodie n’a pas envie de les reproduire dans ses travaux mais plutôt d’y voir la lumière afin de s’ouvrir vers un futur que je vois tourné vers une reconnaissance certaine.

 

 

 

 

 

Auteure : Marie Bagi, docteure en Histoire de l’art contemporain et Philosophie

 

 

 

 

Publié le 23 août 2021