Lumière sur une artiste

Marie Bagi vous présente,

Iris Dwir-Goldberg 

"Artiste"

Fôret canadienne
Fôret japonaise

            Aujourd’hui je vous présente l’artiste Iris Dwir-Goldberg qui m’a reçu si chaleureusement chez elle où nous avons d’abord parlé autour d’un café puis m’a ouvert les portes de son atelier. Un moment d’échanges intéressants qui s’est rythmé autour de la présentation de certaines de ses gravures imprimées sur papier, pour la plupart, des illustrations qu’elle a réalisées pour accompagner des poèmes.

Iris commence son discours ainsi, en parlant du travail qu’elle a réalisé avec des poètes et ses ressentis au gré de la lecture de poèmes de ces derniers ; plus particulièrement, elle me parle d’Eliane Verney, poétesse genevoise. Les éléments qu’elle crée puisent souvent leur source dans la nature car elle se sent proche de cette dernière. De plus, elle ajoute que l’homme, bien avant de savoir écrire, dessinait et que le fait de dessiner, c’est raconter une histoire par l’image. L’écrit nous fait imaginer mais le dessin impose une certaine vision, celle de l’artiste. Elle me montre ensuite certaines de ses gravures et des gaufrages représentant des pièces de mémoires anciennes avec des écritures hébraïques, retrouvées dans la région de la mer morte.

Iris est née et a grandi en Israël. Elle est arrivée en Suisse il y a trente-deux ans. Elle a fait l’école d’art de Tel-Aviv où elle étudia principalement les arts appliqués et le dessin d’architecture. Mais, au fil du temps, elle s’est rendue compte que son lien au dessin et à la peinture était important et qu’il fallait qu’elle l’exploite. Inspirée par la nature, elle va être particulièrement attirée par les arbres. Pas pour ses feuillages mais pour la structure ; une question de racine, ajoute-t-elle. Sans doute, me dit-elle, parce que ces racines sont symboliques et lui rappellent ses origines et d’où elle vient. Et, également, Iris est une grande admiratrice des estampes japonaises, surtout des petits formats, où les racines des arbres sont visibles. Elle a d’ailleurs beaucoup travaillé cet aspect qui la fascine. Ainsi, elle utilise la gravure en taille douce avec différentes couleurs d’encre sur trois plaques superposées à la manière d’estampes japonaises qu’elle aime tant. Récemment, elle a commencé à travailler sur des plaques circulaires, en cuivre et zinc, qui permettent plus de liberté dans la superposition. Elle continue en disant que l’art est partage. La création est un moment magique incluant une vision où il se passe quelque chose et qui n’est pas seulement individuel. Elle aime créer avec d’autres artistes afin de pouvoir se nourrir mutuellement.

Iris a toujours créé durant sa vie. Aussi loin qu’elle se souvienne, l’art a été présent. C’est sa vie, me dit-elle. Dessinatrice d’architecture en Israël, en Suisse, elle a appris d’autres techniques telle que la gravure qu’elle pratique depuis vingt ans. La peinture et le dessin l’ont accompagné toute sa vie et elle ajoute que, lorsqu’elle part en vacances et qu’elle n’a pas ses outils de travail, elle ressent vite le besoin de rentrer et de se plonger dans son travail à l’atelier. Le voyage, poursuit-elle, est très important pour elle et pour sa famille, depuis des générations, notamment par le fait que sa famille est partie de l’Europe pour l’Israël et qu’elle est partie d’Israël pour la Suisse. L’année difficile que nous avons vécu – et encore en train de vivre – a été bénéfique pour la création. Elle n’a rien eu de négatif quant à cet aspect. D’ailleurs, elle a inclus cette idée de voyage dans son travail et s’est mise à la recherche de quelque chose sur le concept de « racine », mentionné plus haut. Les mots « s’enraciner » et « se déraciner » vont se mêler aux mots « vie » et « mort » et ce, de diverses manières avec des médiums différents. En soi, sa ligne de conduite reste encrée dans la notion d’une racine « intime » qui relate son parcours de vie. Elle s’est construite toute seule, me dit-elle, depuis ses cinq-six ans et sa première boîte de crayons de couleurs – toujours devant elle. En classe, elle faisait des propositions en tous genre qui impliquaient la création afin de maintenir ce lien avec l’art.

Curieuse et aimant la nouveauté, elle va s’intéresser au théâtre où elle prend des cours à l’Université de Lausanne et participe à la présentation de pièces avec un groupe d’étudiants à la Grange de Dorigny – le fait d’endosser un rôle défini, cela lui donne une agréable sensation de liberté car ce n’est jamais elle. A côté de cela, par intérêt, elle suit des cours d’histoire de l’art, de philosophie et de littérature anglaise. C’est cette curiosité qu’elle cultive depuis vingt ans qui l’a poussée à utiliser des techniques qu’elle n’aurait jamais pensé telle la récupération de tissu et plus particulièrement d’un drap ajouté à une toile ainsi que des couleurs vives. Toujours soutenue par ses proches dont son mari, physicien et aimant l’art, qui l’a aidée à l’élaboration de certaine technique un peu compliquée pour certaines œuvres ; un très bon assistant, lui dis-je en riant. Ses enfants, un garçon, une fille, ont choisi des parcours différents l’un de l’autre mais ressemblant à ceux de leurs parents. Le garçon a choisi une carrière de designer de mode et vit au Canada et sa fille, une carrière scientifique, même si elle peint à ses heures perdues. Iris les a, d’ailleurs, petits à cinq ans, inscrits à des cours de peinture qu’ils ont, tous les deux, suivi avec intérêt.

La création, ajoute-t-elle, est toujours positive. Même s’il y a des événements tristes dans la vie comme le décès de sa mère, il y a un an, elle a transformé son chagrin en un projet artistique. En effet, à la suite de cette disparition difficile, elle a découvert, par le biais de ses frère et sœur, des cahiers remplis d’histoires pour les enfants écrits par sa mère. Une merveille ! Un lien artistique qu’elle peut alors créer avec sa mère puisqu’elle a le projet d’en faire les illustrations et de les faire publier. Plus récemment encore, Iris est très influencée par la procession – pour toutes les significations qu’elle engendre – elle en a d’ailleurs réalisé une œuvre inspirée d’Edward Burne-Jones (1833-1898) ainsi que par Georgia O’Keeffe (1887-1986) et les nombreuses fleurs qu’elle a peint – Iris peint les fleurs de son jardin et la joie que ces dernières lui prodiguent. Iris est donc une artiste pleine de ressource qui n’a de cesse de se réinventer et qui, par le biais de l’art, trouve des issues positives à toutes émotions ressenties ou subies. Nous sentons, à son contact, la force de sa personne non seulement en tant qu’artiste mais aussi en tant que femme.

 

 

Auteure : Marie Bagi, docteure en Histoire de l’art contemporain et Philosophie

 

Publié le 3 mai 2021