*** Lumière sur une artiste ***

Marie Bagi vous présente,

 Laura Malerba 

"Artiste

plasticienne,

vidéaste"

Laura Malerba, Grenier, 2021
Laura Malerba, Super-héros,2011

           Aujourd’hui je vous présente l’artiste Laura Malerba que j’ai rencontrée lors de ma participation à la table-ronde donnée au mois de juin à la galerie du Trait noir à Fribourg. Nous nous sommes revues par la suite sur Lausanne, autour d’un café, au Bleu Lézard. Je comprends rapidement quelle place joue l’art dans sa vie et comment celui-ci a été porteur de sens à plusieurs reprises.

Laura est née et a grandi à Lausanne et provient d’une famille d’origine italienne. Très jeune, elle se passionne pour les arts dont l’utilisation de la technique du papier peint va devenir centrale au fil des années. Elle a grandi dans une chambre où le papier peint était présent. Il a bercé ses rêves d’enfants et l’a accompagnée durant de nombreuses années. Cela lui permet, me dit-elle, de faire des mises en situation tournant autour de l’intime. Durant ses années de gymnase à San Francisco, Californie, Etats-Unis, elle va questionner un peu tous les médiums et techniques en art pour voir ce qui est fait pour elle. Le lien avec l’autre est essentiel. Elle va donc travailler la vidéo en faisant de la mise en scène féministe, imposé implicitement, ajoute-elle, et le questionnement en soi est à l’ordre du jour. Les problématiques personnelles sont implicites. Avec cela vient s’ajouter l’importance de plusieurs couches. En effet, l’arrière-plan est sa première attirance formelle ainsi que le dispositif du plan fixe. Le papier peint a parfois été l’élément du décor dans lequel le protagoniste performe. Il en ressort des histoires, des souvenirs ou des séquences inspirants l’esthétisme des motifs. Il arrive aussi que des incrustations en green box de vidéos ou de films d’animation soient placés en arrière-plan et le personnage narre de manière improvisée une thématique au regard dérangeant. Certains projets font parties de rencontres fortuites. Elle me parle d’une mise en scène effectuée avec un homme entrevu dans un bar qui relate une histoire de couple dont la dispute est au centre de celle-ci. L’artiste me dit que c’est un processus de mise en situation, parfois maladroit, au regard sociologique et relationnel et qui, est adressé aux spectateurs. La relation à l’autre et le don de soi sont, encore une fois, très importants.

Après un travail de Bachelor, réalisé à la HEAD de Genève, sur le jeu d’acteur, Laura réalise son master en Trans-Médiation qui lui permet de se questionner sur la réceptivité d’une œuvre. Entre temps, elle explore l’esthétique du cinéma à l’UNIL durant une année et en travaillant un certain temps auprès du cinéaste Francis Reusser. Elle aime beaucoup l’histoire du cinéma mais aussi porte un réel intérêt pour l’image en mouvement. Cette passion lui provient aussi de son enfance et surtout de ses parents amateurs de comédie musicale et du cinéma des premiers temps. La vidéo et le papier peint restent le moteur de sa réalisation artistique et pense qu’ils la suivront jusqu’au bout. Son intuition et les choses qui font sens pour elle sont les éléments qui la font avancer. Parallèlement à sa vocation artistique, Laura effectue une formation pédagogique en secondaire II pour pouvoir enseigner les arts visuels à Fribourg et fait également partie de plusieurs groupes de médiation culturelle ce qui lui permet d’intervenir à la HEP de Lausanne où elle détient encore quelques mandats. Elle dissocie, me dit-elle, son travail artistique de son enseignement même si, avec ses élèves, elle réalise des films.

Elle n’a jamais vendu ses vidéos, continue-t-elle, mais ce n’est pas l’important, ce qui compte c’est de laisser une trace, une certaine visibilité de ce qui est et de ce qui a été. Comme énoncé plus haut, Laura a toujours aimé les arts et a vacillé entre la danse et la céramique ; une évidence car elle possédait l’envie d’utiliser son corps et principalement ses mains. Cette résonnance artistique était une évidence pour elle, comme pour son frère, acteur. Elle continue en me disant qu’elle a aussi été intéressée par le gazon artificiel et comment celui-ci pouvait être transposé en tant qu’œuvre d’art. Cette idée lui vient de la sphère familiale car celui-ci aussi donne à voir une certaine intimité puisque c’est une matière qui se trouvait également chez elle lorsqu’elle était petite. Tout comme le papier peint, cet élément éveille la relation à l’autre, me dit-elle. Elle ajoute que le papier peint lui provoquait une double sensation. D’un côté, rassurant puisqu’il s’agissait de l’intime enceinte de sa chambre mais en même temps, un sentiment de peur. Fleuri, il lui procurait une sensation ambigüe, insiste-elle. Le papier peint devient, dans sa recherche, une sorte de remise en situation mais aussi un élément esthétisant, notamment lorsqu’il s’agit de son œuvre « Green box » où l’arrière-plan en est tapissé. En soi, elle me dit que l’art, c’est aussi cela, pour elle, une rencontre avec des sensations provenant de son passé mais aussi de son présent ; c’est aussi ce qui la porte. Prendre la parole et la donner à l’autre lui donnent une approche sociologique où la prise de parole est sienne et lui procure une confirmation de soi mais aussi laisser la parole, c’est aussi valider ce que tu penses de toi, me dit-elle. Voilà également l’intérêt du plan fixe : une adresse directe envers le spectateur, une confrontation de soi envers les autres. Cette confrontation lui vient de ses origines italiennes. En effet, Laura aime la frontalité de la culture italienne. La manière d’oser dire, exprimer les choses mais aussi se positionner. Car, me dit-elle, c’est important de s’exprimer et de ne pas intérioriser. Je suis parfaitement d’accord avec cela, moi-même ayant des origines italiennes. C’est pour cela que de transmettre par le biais de la vidéo ou du papier peint peut laisser des traces qui, même si elles peuvent être provisoirement effacées, resteront à jamais.

En soi, nous sentons à quel point Laura est engagée dans sa démarche artistique qui lui tient à cœur et quelles sont ses motivations pour les réaliser. Il n’est jamais facile de s’exprimer ouvertement et publiquement. C’est pour cela qu’il faut un peu d’audace à l’italienne que Laura sait, sans aucun doute, laisser transparaître. Une sensibilité de l’intime dans son discours me laisse penser qu’elle va apporter beaucoup au public en partageant son merveilleux art.

 

Auteure : Marie Bagi, docteure en Histoire de l’art contemporain et Philosophie

Publié le 4 octobre 2021