Lumière sur une artiste

Marie Bagi vous présente,

 Margritt Martinet 

"Artiste"

Un entretien écrit avec Margritt Martinet

par Marie Bagi, docteure en Histoire de l’art contemporain et Philosophie

 

 

 

  • Parlez-moi un peu de vous et de votre parcours…

 

Je m’appelle Margritt Martinet, j’ai 32 ans, je suis Artiste Plasticienne et Art Thérapeute. Je fais partie d’une famille nombreuse qui a toujours été plongée dans la culture musicale et les voyages. Depuis mon plus jeune âge, mes parents nous ont fait découvrir le monde et ses cultures. Tous ces voyages m’ont profondément marquée et ont fait de moi la femme d’aujourd’hui. J’ai eu un parcours assez « atypique », dû aux lacunes dans les matières principales, je me suis réfugiée dans les Arts Plastiques et développé années après années une technique qui m’était propre. Très jeune je voulais intégrer l’école des beaux-arts mais dès le lycée mon niveau ne me permettait pas d’emprunter la voie des grandes écoles, j’ai donc décidé de réaliser ce rêve en passant par les « petites portes ». À 19 ans je me suis orientée dans l’Artisanat plus précisément l’ébénisterie, j’ai eu mon certificat d’aptitude professionnel puis poursuivi jusqu’au brevet des métiers d’art en intégrant l’École Boulle à Paris ce qui était déjà pour moi une belle victoire sur mes années passées. Après beaucoup de travail et de détermination j’ai enfin réussi l’entrée à l’école de Beaux-arts de Bretagne à Brest où je me suis trouvée artistiquement. 

Après l’obtention de mon diplôme des Arts-plastique, je me suis beaucoup interrogée sur la manière de transmettre et de partager ma passion de l’art.  Je me suis alors tournée vers l’Art-thérapie, qui me semblait être une main tendue entre l’art et l’humain dans ses parcours de vie (maladies, faiblesses, mal-être).

 

  • Avez-vous toujours créé ?       

 

J’ai toujours créé et ce depuis l’école. Je me vois encore toute petite me ruant dans les ateliers créatifs, c’était un moment où il n’y avait pas de consignes strictes ou d’objectifs à atteindre, je me sentais libre. La plupart du temps je n’arrivais pas à m’intégrer dans un groupe ni savoir ce qu’on attendait de moi tandis que les ateliers me reconnectaient totalement à l’environnement extérieur, c’était la seule matière où je pouvais aider mes camarades. La peinture est un médium dans lequel je me sentais en total liberté et cela dès ma période d’adolescence où j’avais expérimenté le grand format. En fait je ne me suis jamais arrêtée de créer.

 

  • Quel(s) a/ont été l’(es) élément(s) déclencheur(s) qui vous a/ont fait intégrer le monde de l’art ? 

    

Je n’ai pas eu à proprement dit « d’élément déclencheur », çà a toujours fait partie de mon ADN, je ne me vois pas autrement que dans la création.

            

  • L’abstrait semble être votre technique artistique privilégiée, pouvez-vous m’en dire davantage sur ce choix ? Je pense notamment à la série Bibulle…

 

Il y a dans ma pratique un geste qui se répète et ne s’arrête pas, dans l’abstrait on peut se permettre un lâcher prise. Finalement ce n’est pas un choix de ma part d’être dans l’abstrait mais plutôt quelque chose qui est en moi et qui ne demande qu’à sortir. Je ne me suis pas dit un jour « tiens si j’essayais l’abstrait » je l’ai fait c’est tout.

« Bibulle » est une série qui est centrée sur le geste. Je pars du centre de la feuille et je ne m’arrête pas, la seule préparation présente dans cette série c’est le choix de mes crayons/feutres, qui eux auront un rôle crucial dans le rendu final. Il y a tellement de déclinaison que l’on peut faire avec un amas de bulles, la recherche est infinie. Mais ce que je préfère le plus c’est poser tout cela sur un format gigantesque pour vraiment permette à chacun de s’immerger dedans.

            

  • Quel(s) message(s) transmettez-vous au travers de vos œuvres ?   

      

Je ne pars pas d’une réflexion qui pourrait engendrer un message. L’esthétisme ainsi que le processus créatif est au centre de mon travail. Lorsque je crée je laisse mon instinct prendre le dessus, pas de préparation, juste une Map de mon esprit en action. En fait c’est plus un partage sensoriel (d’où le grand format), c’est inviter la personne qui regarde mes productions à se plonger dans un autre univers où chacun peut interpréter son propre monde. 

 

  • Comment l’intime peut être perçu dans vos œuvres ?

 

Jour après jour dans chaque coup de crayon il y a une partie de moi qui parle : mes humeurs, mes joies, mes chagrins, mes frustrations. Je me révèle tantôt pudiquement dans les « bibulles » par exemple et tantôt plus intimement dans « mécanique des rêves ou Futurama » c’est le calice de toute mes émotions. C’est en observant les détails qu’on me découvre.

 

  • Pouvez-vous parler d’une de vos œuvres et dire pourquoi elle est importante dans votre parcours artistique ?

 

« Mécanique des rêves » a ouvert la porte de mon univers artistique. Elle a une place particulière comme les toutes « premières fois ». Elle s’inscrit dans la veine du journal intime, elle a été la révélation de ce que je voulais faire et vivre artistiquement. Elle m’a confirmé que le grand format était mon mode d’expression. Comme je le disais précédemment en s’approchant plus près de la toile, on découvre des détails dans les détails qui plonge l’observateur dans une profondeur où je révèle un peu plus de mon intime.

 

  • Quand avez-vous exposé pour la première fois ?

 

Ma première exposition a été une exposition collective en design. J’avais créé des pompons grand échelle en film plastique blanc en intégrant un circuit électrique pour qu’il y ait de la lumière à l’intérieur. J’ai accumulé tous ces pompons au sol pour donner l’illusion d’un amas de nuages lumineux. Il y avait une consigne de départ puisque c’était lors de mes années beaux-arts. Déjà la notion d’accumulation était bien présente, d’une inconsciente évidence.

                        

  • Existe-t-il un endroit où nous pouvons admirer votre travail constamment, outre en ligne ?

 

J’ai un atelier en cours de travaux dans le Poitou Charente, mais pour le moment je n’ai pas un lieu d’accrochage à proprement dit, tout cela est en préparation pour un projet futur.

 

 

 

  • Réalisez-vous des activités éducatives autour de vos œuvres ? Si oui, que pourriez-vous proposer à l’Espace Artistes Femmes ?

 

J’ai déjà animé dans le passé des ateliers d’art thérapie (dans un cadre médical) mais aussi des ateliers pour des enfants à l’école lorsque j’exerçais le métier d’AESH. J’aimerai proposer à l’Espace Artistes Femmes, des ateliers autour de la création collective. Présenter un médium grand format et inviter chacun à créer sur ce même format. Proposer des créations autour de l’accumulation dans le domaine des arts plastiques, et en suivant l’idée de l’exposition collective je suggère un travail de découverte de la matière et de différents médiums dans le but d’une création commune et monumentale.

 

 

 

Publié le 25 janvier 2021