Lumière sur une artiste

Marie Bagi vous présente,

 Montserrat Llusia 

"Artiste"

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Aujourd’hui je vous présente l’artiste Montserrat Llusià qui m’a accueillie si chaleureusement chez elle avec son adorable chienne, Naska. Autour d’un café, Montserrat me raconte comment elle a découvert sa vocation pour l’art et les diverses phases par lesquelles elle est passée pour finalement y revenir, à sa grande joie.

Dès l’âge de huit ans, Montserrat assiste son père, staffeur, dans ses tâches. Il travaillait le plâtre et formait des figurines de petites tailles, ainsi que des vases en céramique. Dernière de trois enfants, elle était la seule à s’intéresser à ce beau métier d’art. C’est donc grâce à son père qu’elle découvre cette merveilleuse vocation. Elle me raconte également que, après avoir fait ses devoirs chez la voisine, elle réalisait avec elle de la peinture sur porcelaine. En soi, étant enfant, elle se sent irrémédiablement attirée par tout ce qui touche le domaine de l’art. 

Arrivée à la fin de son parcours scolaire, elle souhaite intégrer les Beaux-Arts mais son père s’y oppose ; ce qu’il regrettera plus tard en contemplant ses dessins. Elle commence alors une école de commerce et, après ses études, travaille et devient gestionnaire en assurance ; elle fait alors une pause de dix ans dans sa création, ce qui sera très dur pour elle. C’est seulement après la naissance de ses filles qu’elle peut enfin se remettre à la peinture. Elle commence par prendre des cours de peinture sur soie à « Ecole & Quartier », à Versoix, où elle créée tableaux, écharpes, abat-jour, etc.

 

L’enseignante la voyant très douée, lui donne, par la suite, la possibilité d’enseigner à son tour, à partir de 1993 ; quinze élèves s’inscriront à son cours. Voyant que ses créations deviennent nombreuses, elle créée « Artifex » un groupe d’artisans locaux, où elle sera la présidente pendant douze ans. Cela fait maintenant trente ans qu’elle enseigne les techniques diverses en peinture, acrylique et techniques mixtes ; quinze ans, le dessin et une méthode s’intitulant « Dessiner grâce au cerveau droit ». A côté de cela, elle a fondé un atelier d’encadrement avec une galerie dont l’activité commune dura dix-huit ans. Après un accident vasculaire cérébrale, elle décide de revendre car une remise en question s’impose, selon elle. Elle souhaite définitivement un retour total à sa création. Elle garde tout de même l’activité liée à l’encadrement qu’elle effectue chez elle, avec tout le matériel approprié. J’ai eu la chance de pouvoir admirer ce travail, qui est également tout un art, chez elle, mais aussi entourant le travail d’une autre artiste membre mais aussi du Comité en qualité de responsable communication et marketing de l’Association, Rita Mancesti. 

Montserrat aime tester de nouvelles techniques dont elle a appris la manipulation. Elle va progressivement ajouter l’élément du goudron et  de l’eau dans ses toiles qui vont venir l’habiller telles des coulures dont un « hasard contrôlé » vient se greffer. Les paysages mais surtout les montagnes deviennent le sujet principal de ses recherches picturales. La neige mais aussi la pluie, viennent les revêtir de manière instinctive. Elle me raconte d’ailleurs une anecdote en rapport avec cela. Ayant beaucoup voyagé avec son mari, entre Russie, Cuba et Europe – un peu partout, elle s’est sentie très limitée avec le confinement qui nous obligeait à rester en Suisse. De ce fait, ils décidèrent de voyager dans notre beau pays et allèrent découvrir Kandersteg – elle ne se rappelle plus comment ils en sont venus à cette destination. En arrivant à l’hôtel, il pleuvait mais elle réussit à percevoir les montagnes face à elle, à travers l’orage. Sur ces montagnes majestueuses, me dit-elle, se mélangeaient des tons monochromes qui attirèrent son œil photographe. Elle a donc sorti son téléphone et a réalisé un amoncellement de clichés si bien que, à peine arrivée, elle ne pensait plus qu’à une chose… elle souhaitait repartir pour pouvoir peindre. C’est depuis ce moment-là qu’elle n’a eu de cesse de peindre des montagnes et le mélange de goudron et d’eau, rendit son souvenir, réel. 

En contemplant ses toiles, une sensation de calme et de béatitude s’empare de moi, comme si, Montserrat apportait, grâce à ses souvenirs et aux paysages contemplés, une sérénité absolue dont seule l’artiste détient le secret. Nous retrouvons alors ce besoin considérable de peindre et elle me confie que lorsqu’elle crée, elle ne pense plus à rien, seulement à l’idée positive que sa mémoire lui renvoie. Nous pouvons imaginer alors la douceur du pinceau toucher la toile afin de rendre vivant un souvenir qui va demeurer à jamais sur sa toile. C’est ce qui contribue à la préciosité d’une œuvre de Montserrat.

 

Auteure : Marie Bagi, docteure en Histoire de l’art contemporain et Philosophie

 

Publié le 1er mars 2021