Lumière sur une artiste

Marie Bagi vous présente,

"Artiste"

Nevena Bentz / Inner Light - 2018
Nevena Bentz / Quiet voice - 2020

Après des études de droit en France et la naissance de ses trois filles, Nevena a senti qu’il était temps de recentrer ses priorités. Son métier d’avocate ne la satisfaisait plus. Elle avait besoin de trouver quelque chose qui puisse être représentatif de sa véritable identité et qui puisse également nourrir son âme.

           

Elle n’avait pas planifié de devenir artiste mais peindre devint pour elle, peu à peu, une nécessité. Tout comme Louise Bourgeois, Nevena a fait de l’art une priorité dans sa vie quotidienne. Une manière pour elle de se libérer de la peur de la transformation en quelque chose de nouveau et d’imprévisible. Le processus du devenir est intense mais rien ne la fait se sentir aussi en vie 

et présente. Elle se voit comme une chercheuse et donc comme quelqu’un qui devient constamment un artiste et non pas comme quelqu’un qui l’est déjà. Un état d’esprit où règne une identité tendant vers la liberté.

 

L’art lui a prodigué une connexion particulière avec quelque chose de magnifique. Son travail renforce le contraste entre l’imaginaire et le réel en juxtaposant des éléments de chacun dans le but de reconfigurer une expérience de manière différente et ainsi, brouiller les pistes du réel.


Au travers de l’art, elle navigue entre ses propres luttes. La joie et la mélancolie interfèrent parfois dans son travail exactement comme dans sa vie quotidienne. Cette idée souligne parfaitement l’imperfection, l’asymétrie et l’imprévisible qui caractérisent son art.
Selon elle, les artistes ont le privilège de cultiver leur propre audience. Plus l’audience est large, plus l’artiste possède de nombreuses opportunités d’affecter un changement positif dans le regard de celui qui contemple l’art voire même celui de la société en elle-même. Et cela marque bien à quel point l’art peut marquer les consciences générales; comment il affecte le public.


Produire de l’art, pour l’artiste, est simplement magnifique et est assez pour laisser une emprunte positive dans le monde qui est submergé par les catastrophes naturelles, la guerre ou la violence. Sensible à ce qui l’entoure, elle dit que la peur, la joie, la colère, la confusion et l’espérance sont toujours présents, à des degrés différents, lorsqu’elle approche la toile. La dichotomie entre l’espoir et le désespoir se matérialise de manière fragmentée où l’ombre et la lumière ainsi que le chaos et l’harmonie luttent pour coexister dans quelque chose d’imparfait, mais de beau.

           

La beauté en art est subjective et reste un débat dans lequel nous, historiens de l’art, essayons de démontrer comment ce beau peut-il être perçu à travers l’(es) intention(s) de l’artiste. L’aspect esthétique de l’œuvre est relié à sa démarche artistique et à l’impact que cette dernière laisse sur les mémoires.

 

Je profite de cette occasion pour vous demander alors: qu’est-ce qui, pour vous, est synonyme de beau dans une œuvre d’art?

Auteure : Marie Bagi, docteure en Histoire de l’art contemporain et Philosophie

Publié le 6 novembre 2018