Lumière sur une artiste

Marie Bagi vous présente,

 Nicole Dufour 

"Artiste"

Série _Mes tresses_ - _Epouse et concubi
Série _Circuits_ - _Bouquet 1_ - 2019, 6

Aujourd’hui je vous présente l’artiste Nicole Dufour que j’ai rencontrée à son domicile/atelier situé à Auxerre, en Bourgogne-Franche-Comté, France. Elle me fait découvrir son univers passionnant bordé d’un cadre idyllique. La surface de son atelier est très grande – sur deux étages – et certaines de ses œuvres jonchent le sol et d’autres sont accrochées au mur ; tout attire le regard et j’ai très envie de m’arrêter sur certains détails dont je prends quelques photographies. Une découverte surprenante qui me donne envie d’en connaître davantage sur la personne/l’artiste.

            

Nicole est née à Genève où elle grandit et étudie le graphisme aux arts décoratifs. Cette passion pour l’art lui vient de l’enfance avec le dessin qu’elle privilégiait comme moyen d’expression. Cela fait donc presque cinquante ans qu’elle crée. Durant dix ans, elle vécut à Hong-Kong où elle connut une certaine reconnaissance. Elle vivait de son art. A l’époque, elle était mère célibataire et son choix de vivre de son art n’a pas été chose facile. A sa grande surprise ce fut un certain succès. Ses divers choix dans la vie ont pu constituer son expérience, me confie-t-elle, et c’est une force ainsi qu’une belle histoire à raconter. Elle prendra des cours de calligraphie chinoise dont elle étudiera l’histoire. Elle étudia le chinois entre 1978 et 1980, elle séjourna en Chine durant un an en 1981 et enfin elle viva à Hong Kong, avec sa famille, en 1993. C’est l’année de sa découverte des « peintures tressées » qui lui permettent d’exprimer la complexité et l’ambivalence. Pour ce faire, elle découpe en bandes deux images peintes qu’elle entrelace. La série des bouquets, par exemple, est l’une des séries où elle introduit la couleur – sinon elle privilégie le noir et blanc. Elle inclut également des éléments qu’elle appelle « du moment » souvent des éléments perturbateurs qui lui demande un vrai travail de recherches. 

            

A Pékin, elle rencontre Pierre Soulages (*1919) avec lequel elle sympathise mais qui lui confie qu’il n’a pas eu d’enfants car l’art prend toute la place dans sa vie. Cette affirmation appelle au commentaire : pour la femme, comment est-ce, lui dis-je ? Nous en venons à la conclusion que les femmes peuvent réaliser plusieurs choses à la fois. Je crois qu’une partie de la clé de réponse se trouve dans cette dernière affirmation et qui marque l’un des pouvoirs importants que possède la femme. Ceci constitue une force majeure pour sa création. Sa singularité et sa perception différente sont les éléments qui caractérisent l’œuvre de Nicole qui nous les présente sous divers aspects. Il y a quatorze ans, elle a commencé à travailler les tresses qui lui donnent l’occasion de jouer avec les mots, comme « maîtresse » ou encore « détresse », qui sont le reflet de la construction – de soi ? Mais aussi avec le détressage par lequel elle veut transmettre un message celui du #metoo, bien qu’elle ne soit pas militante. La tresse comprend plusieurs brins ce qui lui permet de raconter des histoires complexes. Ses tresses lui permettent d’exprimer des échanges et possèdent toutes un titre tels que « L’Ogresse » ou encore « La Captive ». Les premières réalisées sous forme de peinture quelques années auparavant, et les suivantes prenant vie avec le textile, la matière. 

            

La création chez Nicole relève d’un élan presque compulsif voilà pourquoi elle crée en série. Pour en évoquer certaines, elle me montre sa série « Jours sur toile », une grille aventure dont la source d’inspiration lui vient d’un séjour au Japon en 2006. La composition de ces grilles est liée au façonnage de ses tresses mais aussi à l’amour du kimono et de l’écriture. Sa série des « fétiches » est un clin d’œil à Louise Bourgeois et qu’elle façonne par le biais d’une aiguille – aussi un clin d’œil à cette dernière – qui répare mais qui peut aussi piquer. Elle me montre ensuite des dessins de sa mère sur son dernier lit et qui caractérise les jours précédant son départ. Elle me raconte que c’est une déclinaison de ses jours d’agonie jusqu’au dernier. Les traits de son crayon sont précis et ne nous dissimulent rien, même si ces derniers sont réalisés rapidement. Nicole utilise aussi des poupées récupérées de sa fille et leur redonne une seconde vie – comme faisait Niki de Saint Phalle (1930-2002) avec ses « mariées ». La figure de la Madone est souvent visible dans son art car, comme elle, ses initiales sont N.D. – notre dame ; elle va la décliner de plusieurs manières après son voyage en Inde – où elle avait d’ailleurs réalisé une performance avec une danseuse dont elle avait fait une série de photos.

            

En soi, Nicole possède à son actif des années de création dont l’évolution artistique est nette et visible. L’utilisation des divers médiums mentionnés ici est d’une importance capitale pour comprendre cette évolution. Elle a énormément à partager. Elle m’a prouvé que, encore une fois, la vie de l’artiste se mêle à son œuvre. Son talent révélé et façonné montre la grandeur de ses œuvres qui parlent d’elles-mêmes mais qui poussent aussi à la recherche, à la découverte. 

 

 

Auteure : Marie Bagi, docteure en Histoire de l’art contemporain et Philosophie

 

Publié le 16 novembre 2020

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