*** Lumière sur une artiste ***

Marie Bagi vous présente,

Séverine Zufferey - Aquatre Collectif 

"Artiste plasticienne,

écrivaine, danseuse"

Séverine Zufferey - Affinités-60x60-T.mixte
Séverine Zufferey - Jacinthe-H65-T-mixte et tissu

            Aujourd’hui je vous présente l’artiste Séverine Zufferey qui m’a chaleureusement accueillie chez elle à Sierre, Valais, où se trouve également son atelier. Dans son jardin, autour d’un café et quelques boules au thé, nous avons échangé sur sa passion pour l’art et comment elle la vit au quotidien sachant que c’était une évidence pour elle, dès le départ.

Séverine est née à Sierre et a passé les douze premières années de sa vie à Saint-Luc en Valais. Elle retourne sur Sierre pour faire son cycle puis part à Sion pour faire sa maturité. Parallèlement à cela, elle fréquente le conservatoire de danse classique. Elle insiste bien sur le fait que c’était parallèlement car des éléments extérieurs ne lui ont pas permis d’en faire son activité principale, à son grand regret. Néanmoins, elle mènera une carrière de danseuse professionnelle pendant presque vingt ans. A partir de ses vingt ans, elle oscille entre danse classique et contemporaine. Elle fait six heures d’entraînement par semaine et entre dans des écoles qu’elle n’aurait pas souhaitées. Elle continue en me disant que tout cela a engendré de la frustration pour elle, qu’elle a dû apprendre à lâcher prise. Ce qui n’est pas évident lorsque nous avons un rêve et que nous voulons nous y tenir. Le talent et le travail, elle les possédait grâce à la discipline qu’elle s’était instaurée. Elle arrivait toujours au bout des auditions lorsqu’elle en faisait passant huit heures à danser. Elle me raconte une petite anecdote quant à une audition à Hambourg où elle termine dans les seize sélectionnées sur deux cent mais pas dans les huit dernières. Ce rythme, elle l’a tenu jusqu’à ses trente-huit ans. Elle a quand même, continue-t-elle, eu de bons contrats, notamment avec Olivier Py (*1965), dramaturge, au grand théâtre de Genève. De plus, elle a beaucoup voyagé, notamment huit mois à Barcelone et quelques temps à Berlin pour travailler sur un projet où des vidéos étaient projetés sur le corps des artistes. C’était en 1995.

A tout cela vient s’ajouter le fait que Séverine peint depuis l’enfance et construit des choses telles que des poupées. Elle aimait les fabriquer. Aujourd’hui, seule face à elle-même dans son atelier, ses créations se multiplient et les techniques foisonnent. Elle crée non seulement des sculptures mais aussi tout un monde autour de ses dernières qui sont comme ses bébés. Elle me confie alors qu’elle vit ses émotions avec elles. Séverine s’absente quelques instants pour aller chercher l’une d’elles et revient avec charmante petite prénommée Lily. Cette dernière, créée en 2018, ressemble à une marionnette sauf qu’elle n’a pas de fils mais elle est articulée comme telle. D’ailleurs lorsqu’elle la prend dans ses bras ou la pose sur ses genoux, j’ai l’impression que Lily est réelle. De plus, je peux constater tout l’amour qu’elle lui porte et son attachement si profond. Un moment vraiment attendrissant qui me fait réaliser à quel point ses œuvres sont ses enfants. Séverine sait insuffler la vie dans ces petits corps fabriqués de ses mains. Elle réalise aussi des spectacles et écrit également des pièces dont une s’intitulant « Les Rigoles ». Dans cette pièce, l’un des personnages principaux est la Reine et est atteinte d’une maladie qui la réduit. Pour rendre cet aspect-là concret sur la scène, Séverine avait construit la tête du personnage en plus petit. A la fin des représentations, elle a eu, effectivement, envie de donner un corps à cette tête pour lui donner vie. Ainsi, la méchante reine est devenue la jolie reine, ajoute-t-elle. Cela lui a donné l’idée de créer ses personnages comme Lily. En premier lieu, Séverine a testé la céramique mais elle s’est rendue compte, assez rapidement, qu’il y avait de la contrainte liée à la matière. Elle a donc été apprendre la cellulose chez une professeure particulière. Elle ajoute qu’elle aime cette matière car facile à réparer et qu’elle est légère. Je regarde les vêtements de Lily, toujours posée sur ses genoux, et lui demande si c’est elle aussi qui les fabrique. Et, en effet, c’est bien elle qui les réalise. C’est incroyable. Cela fait trois ans qu’elle fabrique ses poupées. Elle travaille vite et vend beaucoup, une excellent nouvelle.

Principalement autodidacte, elle effectue tout de même deux ans de cours de peinture à l’huile ainsi que deux ans de cours de céramique. La sculpture est devenue une envie lorsqu’elle s’est rendue compte qu’elle avait besoin de travailler en trois dimensions. Pouvoir toucher et modeler, faire quelque chose de ses mains lui donnent beaucoup d’idées qui foisonnent dans sa tête, ajoute-elle. Elle a comme une envie de tout essayer. C’est ce qui la motive et lui donne envie de vivre. Ce besoin d’essayer de nouvelles choses, partir à la recherche en art lui procure une véritable sensation d’exister. Créer est son leitmotiv, sa raison d’être qui rejoint parfaitement le concept de la vocation artistique. Nous y sommes. Séverine est la seule artiste dans sa famille. Même si, me dit-elle, sa mère a ouvert leurs esprits à l’art lorsqu’ils étaient enfants. C’est de là que ce rapport à l’art s’est développé et est devenu comme une évidence qui ne peut être évitée, seulement approfondie et vivante s’il est possible de le dire ainsi.

Séverine est membre du groupe Aquatre Collectif dont j’ai présenté le trois autres membres au fil des semaines passées. Avec ce groupe, elle travaille sur des thématiques qui leur tiennent à cœur et créent des œuvres communes. Cette année est la thématique de l’obstacle. Krista Gerwing était la première à être intervenue sur l’œuvre en question que Séverine me montre d’ailleurs à son atelier et qui semble très prometteuse. Elle est la dernière des quatre à intervenir dessus. Je me réjouis de voir la voir finie. 

Cette rencontre et cet art si particulier m’ont confortée dans l’idée que Séverine n’a nul besoin de prouver ce qui est déjà évident. Grâce à ses œuvres et leurs mouvements, je comprends rapidement qu’il s’agit d’un talent inné comme la danse qui a fait partie de sa vie. Elle sait animer ses œuvres et partage avec aisance sa passion pour son travail artistique, un vrai bonheur.

 

Auteure : Marie Bagi, docteure en Histoire de l’art contemporain et Philosophie

 

Publié le 27 septembre 2021