*** Lumière sur une artiste ***

Marie Bagi vous présente,

 Zoé Genet 

"Artiste plasticienne"

Baubo
LA LOBA

          Aujourd’hui je vous présente l’artiste Zoé Genet que j’ai eu le plaisir de rencontrer autour d’un café au Bleu Lézard à Lausanne. De prime abord, Zoé me parle du fait qu’elle a entendu autour d’elle, au moment de choisir une profession, qu’elle devait faire un vrai métier… seulement, si elle ne crée pas, elle meurt. Ces premières paroles me confortent alors dans l’idée que je me trouve en face d’une artiste qui a dû et doit encore se battre pour trouver cette place tant attendue dans le monde de l’art. Rencontre.

Née à Lausanne, Zoé grandit dans le quartier sous-gare et y fait également ses écoles. A dix-huit ans, elle intègre l’Ecole Normale (actuelle Haute Ecole Pédagogique). Après deux ans d’enseignement intense, elle commence les Beaux-Arts à Genève, qu’elle fréquente une année et demi à cause du peu d’avancée dans l’apprentissage. A ce moment, elle s’installe à Vevey et décide de se diriger vers les arts appliqués en céramique. En 2004, à la fin de son cursus, son travail de diplôme – « Hyperbole », sa performance de réalisation de bols incluant une inscription de pensée immédiate sur chaque pièce, durant vingt-quatre heures non-stop - est sélectionné dans le cadre de la Biennale de Carouge. Cette performance sera documentée en photographie afin de montrer l’évolution du corps dans son activité.

Mais c’est déjà à l’âge de deux ans que la créativité vient à elle. En effet, elle suit des cours de créativité où elle façonne des sculptures avec de la terre et à l’adolescence, apprend d’autres disciplines artistiques tel que le dessin qui devient une source importante, par la suite, de son travail. A huit ou neuf ans, dans sa chambre, elle reproduisait les fées des plantes et leurs poèmes despotats livres des éditions Warne, qu’elle lisait. De 2005 à 2014 Zoé ouvre plusieurs ateliers de céramique à Vevey et Lutry afin de donner des cours de cette technique qui la fascine tant. Il y a quatre ans environ, suite à une « crise de vie » comme elle l’appelle, elle se remet à créer sans limites de techniques artistiques. C’est également un moment où, après la lecture de l’ouvrage « Femmes qui courent avec les loups : Histoires et mythes de l’archétype de la femme sauvage » de Clarissa Pinkola Estés, elle réalise une série de sculpture pour intégrer les contes se trouvant dans le livre. Maman de deux enfants, elle me confie que ce n’est pas toujours évident de créer à temps plein mais que rien ne l’arrête, malgré tout.

Zoé continue en me disant qu’elle travaille avec la lune et ses phases. Ainsi, au début de ses menstruations, elle va construire une ouverture afin de faire le bilan des idées accumulées pour les réaliser avec divers médiums et techniques. Dans ses œuvres, la goutte et sa forme, qui relate une figue ou encore une vulve – ligne directrice de son travail, sont très présentes. Elle y ajoute du texte ainsi que, parfois, des photographies de ses sculptures. Zoé les appelle alors ses « chaudrons créatifs » - issus de l’idée même du vagin. L’artiste va utiliser son propre sang menstruel comme pigment et la thématique du labyrinthe qui met en exergue ce que la femme vit durant ses menstruations, son cycle. Le sang menstruel étant un anéantissement mais aussi un accomplissement, une affirmation de soi, continue-t-elle. De cela va naître les bandes hygiéniques réutilisables en coton imprimées avec ses œuvres et qui donnent le ton à cette envie de revenir au naturel, à ce que la vie nous offre. Lorsque Zoé crée, elle écoute de la musique qu’elle qualifie de rituelle et particulièrement la musique du groupe de polonaises, « Laboratorium Piesni ». Cela agrémente sa création et son inspiration. Elle me montre une série de son travail qui représente les dualités qui sont à l’opposé l’un de l’autre ainsi, des représentations de l’endurance et de la fragilité se dévoilent à moi mais aussi la force et la vulnérabilité ou encore la faiblesse et la vitalité avec un jeu de couleur détonnant. C’est Gloria Avila, une peintre, qui l’a initiée à la peinture lors de son processus de guérison en 2019, et de laquelle elle garde un très bon souvenir. Le corps est un atout important dans la création de Zoé et constitue le réceptacle même de ce qui crée et de ce qui est créé. La matière recyclée est également un élément important car il exprime la nature dans sa création. En soi, elle me dit : « je suis nature, nous sommes nature ». Absolument ! et il faut savoir vivre avec elle, au travers d’elle.

Lorsqu’elle sent que l’émotion contenue est trop forte, elle sent qu’elle doit l’extirper en dehors d’elle. Toute sa vie, me dit-elle, est inscrite dans son travail. Sa vie va régir ses œuvres car elles sont témoins de son vécu. Le positif et le négatif de sa vie renaissent et se transforment dans la création afin de donner corps aux émotions. S’il est dit que l’art est thérapeutique, Zoé va plus loin et le considère comme étant une alchimie voire une transmutation au moyen du corps.

En complément à l’aspect artistique de sa vie, Zoé touche également à la littérature notamment à la participation d’ouvrages ou encore de traduction. Ainsi, elle en train de terminer la traduction d’un livre intitulé « La Maîtresse du Désir Ardent », un contrat qu’elle a eu avec la maison d’édition WomenCraft publishing, en Irlande, pour qui elle a déjà traduit Rejoindre la Lune, un guide poétique et pratique pour l’entrée en menstruation. D’autre part, elle a contribué au livre Creatrix de l’autrice Lucy H.Pearce, un ouvrage sur le processus féminin de la création avec des témoignages d’artistes afin d’aider autrui avec cette dernière qui n’est pas souvent facile à aborder.

Se sentant « en chantier » comme elle aime à le dire, Zoé est en perpétuelle construction d’elle-même à travers le concept même de matière. Grâce aux divers médiums qu’elle aborde, elle sait rendre sa création vivante et à la portée de tous. Certaines questions, considérées taboues par plusieurs, deviennent centrales et sont importantes pour l’évolution des mentalités de nos jours.

 

 

 

 

 

 

Auteure : Marie Bagi, docteure en Histoire de l’art contemporain et Philosophie

 

 

Publié le 26 juillet 2021