Lumière sur une artiste femme

Marie Bagi vous présente,

"Artiste sculptrice"

Alexia Weill
Alexia Weill

Nous nous sommes rencontrées une première fois à l’atelier d’une autre artiste puis une seconde fois autour d’un café où elle me raconte comment sa vie et son être artiste sont liés. Une vie artistique passionnante qui me plonge encore une fois dans ce concept de l’intime, moteur de sa création.

Parisienne d’origine, elle me raconte de tout d’abord que, depuis son enfance, elle baigne dans le milieu de l’art. En effet, son grand-père était galeriste – Rue du Faubourg-Saint-Honoré – et sa grand-mère comédienne de théâtre pour la Comédie Française mais aussi pour des films depuis ses cinq ans – notamment pour la société Gaumont. Elle l’avait rencontré à 25 ans. Ils ont eu une fille qui fréquenta l’Ecole du Louvre et a qui la galerie fut léguée.

Alexia continue en me disant qu’elle a grandi dans cette galerie. Elle est attentive au tableaux exposés et y jouent avec sa sœur. Son école se trouvait juste derrière celle-ci. Elles vivaient, elle et sa famille, au premier étage. Lorsqu’elle a huit ans, elle déménage dans la sud de la France. A seize ans, elle veut découvrir le premier amour de sa grand-mère, le cinéma. Elle part aux Etats-Unis pour faire un book photo. Il faut commencer par l’image, me dit-elle. Elle passe son bac et fait ses études dans l’audiovisuel à Paris puis elle jongle entre tournages de films et d’émissions de télévisons où elle fait partie de l’équipe de réalisation. Inscrite aux cours du soir aux Beaux-Arts, elle s’intéresse aux dessins d’anatomie. Elle apprend à regarder le corps de manière artistique. Elle suit les cours de modelage académique de Jean-François Duffau. C’est là qu’elle découvre son besoin de toucher la matière. En 2005, Alexia déménage en Suisse. Elle découvre la sculpture sur pierre. Depuis, elle se consacre totalement à cet art. En 2012, c’est à Vevey qu’elle expose pour la première fois en Suisse. Depuis un an, elle me dit qu’elle est aussi sous contrat avec  lagalerie new-yorkaise Uncommon Beauty Gallery, et présente ses sculptures à Dubaï et en Angleterre, en Espagne, en Italie, etc. : un panorama artistique déjà bien dessiné. 

Alexia aime travailler la pierre : le marbre, le granite et le basalte. La première œuvre dont elle me parle est « La Vague » qui est un témoignage à celle de Camille Claudel (1864-1943). Tout de suite, cela m’interpelle. Ayant étudié l’œuvre de manière assidue, je souhaite en savoir davantage. Cette sculpture magestueuse fut exposée pour la première fois dans l’eau du Léman, à Montreux. Ce qui la différencie de celle de Camille Claudel, c’est que la femme se trouve dans la vague et non en dessous de la vague. Un message, me dit-elle, pour montrer l’importance du rôle de la femme. Elle sait jongler avec ses différents rôles et donc sait comment gérer sa vie. Alexia se retrouve également dans cela lorsqu’elle me dit qu’elle conjugue son rôle de mère – de deux enfants – mais aussi d’artiste. Montrer l’importance de la femme ces dernières années est devenu important. Replacer ce qui est juste, également. L’art est un moyen de le faire signifier. L’œuvre fut achetée par Patrick Delarive et elle est exposée en permanence à la Halle Inox à Vevey dans les Anciens Ateliers de Construction Mécaniques. 

 

Je lui demande alors pourquoi elle travaille sur le cercle en particulier. Elle me répond que c’est venu de l’idée qu’elle souhaitait travailler autour de la femme, des rondeurs, du féminin. C’est parti d’une exposition dans un des cubes du Flon et depuis cinq ans, elle décline les cercles. La forme géométrique est belle et harmonieuse, me dit-elle. Elle peut y graver tout ce qu’elle souhaite. La pierre est pour elle ce que la toile est pour le peintre, continue-t-elle. Tel le madala, la pierre est un espace récréatif. Le moment de création pure part du choix de la pierre. Elle me dit que c’est par le biais de flashs où elle voit l’œuvre terminée qu’elle fait ce choix. Parfois elle croque l’œuvre avant de la commencer, parfois non. Tel un fil que l’on déroule, chaque pierre a une carte d’identité, comme les gens. L’origine de la pierre est spécifique à un lieu, me dit-elle. Elle entreprend alors un dialogue avec la pierre. Alexia se veut révélatrice de quelque chose de particulier que possède la pierre et ainsi la transformer en objet d’art. Grâce à elle, une autre vie lui est insufflée. Alexia s’adapte à elle et l’apprivoise afin que cette dernière le fasse aussi. Comme un miroir, elle reflète ses états d’âme, ses différents « moods ». La pierre ressent les émotions et lui les renvoit directement. Ressentir la nature en communicant avec celle-ci est primordial pour Alexia. L’inspiration vient d’un réel intérêt pour le processus et non pas pour le résultat. 

            

Lors de la conversation, nous nous orientons vers la question de la femme dans le monde de l’art et de la perception de celle-ci. Alexia me raconte qu’elle a dû faire ses preuves dans un milieu encore très masculin, surtout si on travaille des œuvres monumentales. Il faudrait que l’on croit davantage à l’art fait par les femmes et à son potentiel. Je remercie Alexia de faire partie du projet et ainsi montrer qu’une femme peut tout à fait réaliser de la sculpture avec de la pierre en sensibilisant le public à son art. Une belle rencontre qui va mener à une belle collaboration.

            

Alexia travaille actuellement sur un projet pour Miami où la symbolique du taureau est à l’honneur. C’est un point de rencontre entre la masculinité et les grands penseurs. Elle travaille sur des dessins de têtes tels des archétypes humains développés dans le respect de la nature. Son but étant de montrer une interconnexion entre chaque chose ; une prise de conscience avec la situation sanitaire actuelle. 

            

Vous pourrez également admirer l’une de ses installation artistique sur l’un des giratoires de Saint Légier à partir du 16 septembre. Sept sculptures en marbre en forme de moutons qu’elle a sculpté dans le style de ses cercles, pour le  lieu-dit « La Bergerie ». 

 

 

 

Auteure : Marie Bagi, docteure en Histoire de l’art contemporain et Philosophie

Publié le 2 septembre 2020