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*** Lumière sur une artiste ***

Marie Bagi vous présente,

 Fanny Michel 

Artiste visuelle

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                     Aujourd’hui je vous présente l’artiste Fanny Michel que j’ai eu le plaisir de rencontrer à son atelier sur Victor-Ruffy à Lausanne, un superbe espace où elle accueille également des personnes pour des séances d’art-thérapie. Un moment de partage intense qui l’a amenée vers une certaine découverte de soi. Rencontre

Fanny est née et a grandi à Yverdon-les-Bains et a toujours baigné dans l’art, me dit-elle. Sa grand-mère se plaisait à peindre dans sa cuisine et Fanny pouvait travailler avec elle. Elle adorait cela. Sa mère réalise des aquarelles et son père possédait un talent pour le dessin. En soi, elle a toujours vu ses proches créer et a créé avec eux. Son fils fait d’ailleurs en ce moment l’ECAL (École Cantonale d’Art de Lausanne). C’est une manière d’être au monde, ajoute-t-elle. Le fait d’avoir toujours créé l’a poussée à faire les arts visuels à Bienne avec une école préparatoire à Vevey mais elle s’est vite rendue compte qu’elle ne souhaitait pas être formatée et a donc arrêté. Elle se dirige vers les soins infirmiers et plus tard, l’art-thérapie.

Ce qui la passionne et la transporte c’est la force du processus créatif, me raconte-t-elle. Elle travaille par thème mais aussi par couleur. En effet, il y a une série bleue et verte, notamment, dont elle me montre les diversités. Le vert, me dit-elle, nous plonge dans la relation avec la nature et plus exactement une présence humaine intégrée à cette nature. Avec la série bleue : c’est plutôt l’ambivalence entre confrontation et intégration de l’humain dans son environnement. Quels sont les particularités de ce rapport ? Elle me montre des œuvres où sont représentés des pylônes électriques. C’est une période, me dit-elle. Et qui font références aux formes que nous pourrions détester. Mais aussi le spirituel rentre en considération car il y a toute la partie énergie et le lien avec le lac – le lac dans lequel elle se baigne toute l’année. Son processus en corrélation avec ce travail était d’aller sur place et faire des photographies qu’elle va ensuite imprimer sur papier aquarelle puis, les retouche. C’est une manière, poursuit-elle, de transformer mais surtout de s’approprier la technique. Fanny travaille principalement en peinture mais réalise également certaines parties du corps, comme les yeux, avec du papier mâché. C’est une manière d’être en lien avec la matière, ajoute-t-elle. Les thèmes qu’elle travaille sont en elle. C’est comme si, les œuvres qu’elle réalise, s’inspiraient les unes des autres. Lorsqu’elle déploie ses thèmes, elle le fait inconsciemment et en toute liberté. C’est d’ailleurs un monde de liberté qu’elle crée car elle est en quête de cela. Elle me dit qu’elle voit aussi des images et s’en inspire c’est pour cela qu’elle va prendre des photographies ainsi elle revisite ces images, comme évoqué plus haut, et cela lui donne une liberté incroyable. Elle me montre alors une œuvre très intéressante qui représente une pomme de terre germée. Elle me dit exposer ce qui est indésirable aux yeux des gens, que nous ne regardons pas alors que toute la beauté se trouve dedans si nous savons regarder les petites choses. Fanny me parle ensuite d’œuvres qu’elle a réalisées avec un pigment à base de café qu’elle a créé elle-même et qui se dilue bien. C’est tout en fonction de ce qui lui parle mais aussi de ce qui est « oublié », comme la pomme de terre que nous allons laisser dans un coin et oublier. C’est pour montrer que nous aussi nous avons des choses à faire germer et particulièrement elle avec son statut de créatrice. Le thème de la féminité est aussi abordé dans son travail car elle souhaite apporter une certaine image de la femme et mettre en valeur le corps féminin afin de relater une certaine justice. En soi, une vision d’un monde plus juste dans un travail artistique.

Le vert est utilisé pour représenter le monde de la nature ; les arbres ou encore les fleurs. C’est un chemin bordé de nature avec ou sans présence humaine qu’elle représente. Elle les appelle les « gardiens de l’environnement » ces personnages. Ils sont protecteurs de l’habitat et, peut, en ce moment faire référence à la guerre en Ukraine, mais aussi protecteurs de la fameuse pomme de terre ou encore du Léman, ajoute-t-elle. Cela lui vient de son intérêt pour l’écologie. Dans ses bouquets de fleurs, Fanny ajoute des ronces car elle souhait signifier que la vie n’est pas un joli bouquet magnifique et qu’elle porte aussi son lot d’épines. Mais c’est aussi la représentation du sauvage, de ce que nous avons en nous, enfoui. A nouveau, elle me parle d’une manière d’être au monde où le dialogue est ouvert et où nous apportons une réflexion. La fougère et le chardon sont très présents, le dernier faisant référence à une forme de protection. Puis, la présence du trèfle faisant référence aux cessions de danses thérapies afin de se connecter à une force en soi. Une fleur de trèfle qui marche et elle l’a réalisée sur une boîte à chaussures, support peu fréquent mais très intéressant quant au rappel de ce qu’il y a dans la boîte et qui nous sert à marcher. Fanny dessine aussi énormément, des croquis parfois non-développés dans des carnets. Le thème du ciel y est alors récurrent. C’est aussi à nouveau un message de liberté qu’elle souhaite faire passer.

En soi, un monde énergétique et magique que nous présente Fanny avec une réelle volonté de s’immerger dans le monde et en voir des particularités dont personne ne se soucierait. Le sentiment de justice est alors présenté de manière très marquée afin d’avancer vers un monde plus équitable tant à la fois au niveau de l’humanité qu’au niveau de la nature. Elle nous plonge avec talent dans une vision pure d’un monde en transformation.

 

Autrice : Marie Bagi, docteure en Histoire de l’art contemporain et Philosophie

 

Publié le 23 juillet 2023

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