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*** Lumière sur une artiste ***

Marie Bagi vous présente,

 Maria Asanova 

Peintresse

DiptyqueII_Asanova
Flowering of the senses_Asanova

                 Aujourd’hui je vous présente l’artiste Maria Asanova que j’ai eu le plaisir de rencontrer au Café de Grancy à Lausanne, cet été. Contactée par son compagnon, Matteo mais aussi par Sonia Jebsen, j’ai pu connaître cette artiste dont la démarche artistique est très liée à son pays d’origine, l’Ukraine, mais aussi à ses émotions, sa vie, en général. Rencontre.

Maria est née à Evpatoria, en Crimée. C’est là que de ses sept à quinze ans, elle fréquenta une école d’art où elle apprit les arts de la peinture, de la sculpture et du vitrail. Cela lui a donc permis de toucher à diverses techniques et, me confie-t-elle, elle a eu beaucoup de plaisir. Elle ajoute qu’elle a malheureusement oublié son diplôme là-bas. En effet, cela fait depuis 2022, à cause de la guerre, elle a été contrainte de quitter son pays. En 2014, elle déménage à Kharkiv pour étudier l’art et, ainsi pouvoir se diriger vers une carrière artistique. C’est quatre ans plus tard, en 2018, qu’elle obtient son diplôme avec mention au Kharkiv College of Textil and Design. Lors de ses études, sa rencontre avec Galina Fedorovna fut pour elle décisive car ses cours l'ont aidée à révéler son talent et à peaufiner sa technique. Elle ajoute qu’elle a reçu plusieurs prix lors de concours artistiques en Ukraine, notamment le IXe festival panukrainien des jeunes artistes organisé par l'Université de la culture de Kiev.

Ses œuvres ont été exposées et vendues lors de diverses expositions en Ukraine, notamment l'exposition organisée par la fondation Maliutky N.6, et l'importante exposition personnelle à l'Art Factory Mechanics à Kharkiv en 2021. Elle continue en me disant que sa sœur peint également et qu’elle serait même plus douée qu’elle alors qu’elle ne possède aucun diplôme dans ce domaine. Dans sa famille, l’influence vient sans doute de leur grand-père qui écrivait de magnifiques poèmes et leur père l’a aidée à réaliser quelques œuvres. En soi, le talent artistique semble être bien présent dans la famille Asanova.

Comme mentionné plus haut, la guerre d’Ukraine l’a forcée à quitter son pays natal et à s’installer dans un premier temps en Espagne, à Torrevieja, au sud d’Alicante – c’est là qu’elle rencontre Matteo. La guerre devient alors un sujet récurrent dans son travail. Ses émotions, ses sentiments, sont alors dépeint au travers de la toile afin d’exorciser ce qu’elle ressent. Elle ajoute qu’il ne s’agit pas ici de messages politiques mais plutôt d’interprétation de ses émotions qu’elle ne peut réprimer. Elle me montre alors une œuvre qu’elle a réalisée intitulée « Tetris » car, quand la guerre est arrivée, elle s’est souvenue d’un jour en particulier, lié à son enfance, celui où elle a joué à Tetris sur le Game Boy © et l’insouciance que l’enfance recèle. C’était l’occasion de pouvoir rêver de cette dernière mais aussi de montrer que les souvenirs s’effritent, comme ce que la guerre produit sur ses propres souvenirs. Une autre œuvre m’est présentée. Cette fois, ce sont des fleurs qui pleurent du sang et toute la nature, autour d’elles, a disparu – tout comme ce que peut produire la guerre. Parfois, il y a même un côté provocateur dans son œuvre. En effet, elle me montre une œuvre intitulée « The Collector » où des vulves sont suggérées en étant numérotées. Ce sont comme des amulettes grecques avec des vagins pour porter bonheur car, finalement, la guerre c’est aussi un sujet où la chance peut être mis en évidence. Maria parle également de la femme dans son travail. D’abord avec un autoportrait « Marla » mais aussi avec d’autres œuvres comme « My Africa » où le stéréotype des belles femmes est de mise. En effet, nous voyons une femme africaine, au premier plan – un sujet peu mis en avant par les artistes – une envie de montrer toute la beauté de cette femme et sortir des stéréotypes que nous connaissons en art.

Montrer quelque chose avec laquelle le public n’est pas familier est important pour Maria qui recherche l’échange, le partage. Lorsqu’elle dort, me dit-elle, elle digère et quand elle se réveille, elle y repense mais doit le peindre absolument. Il faut toujours qu’elle se libère de ce qui la travaille mais surtout de ce qu’elle ressent face à ces idées qui la tourmentent. Je ressens que Maria parle avec passion de sa démarche et son processus. C’est quelque chose qui l’habite et avec laquelle elle ne peut vivre sans. Maria a besoin de ses souvenirs d’enfance pour avancer. Elle ajoute que les enfants ont une grande imagination et se souviennent des choses importantes qui se sont passées dans leurs vies. Elle a la sensation de peindre les siens lorsqu’elle est devant une toile. En général, lorsqu’elle raconte un bout de son histoire, ses œuvres sont figuratives mais lorsqu’il s’agit de sentiments, ses œuvres prennent des formes abstraites. C’est souvent la douleur qui parle, me confie-t-elle. En soi, le travail de Maria possède une histoire intrinsèquement liée à son vécu qui, durant ces dernières années, l’a contrainte à quitter son pays mais aussi à s’adapter à un pays où tout est différent. Elle se rend compte qu’elle est privilégiée de pouvoir continuer à peindre mais je sens que, à quelque part, il y a une partie d’elle dont la fragilité s’éveille au contact de la toile qui est alors témoin de toutes les émotions que Maria contient. L’art est alors une échappatoire mais aussi une voie salutaire car cela lui permet d’exprimer tout ce qui l’habite. Une vocation à laquelle elle ne peut échapper et qui, d’une certaine manière, finit toujours par la rattraper, même lorsqu’elle sommeille. Pour Maris, l’art est alors une cure face à tout ce qui se passe dans le monde.

 

Autrice : Marie Bagi, docteure en Histoire de l’art contemporain et Philosophie

 

Publié le 29 octobre 2023

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