Lumière sur une artiste

Marie Bagi vous présente,

 Guilmette Baghdadi 

"Artiste"

Guilmette Baghdadi_1
Guilmette Baghdadi_2

Aujourd’hui je vous présente l’artiste Guilmette Baghdadi. Nous nous sommes rencontrées au Bleu lézard où elle me présente son magnifique portfolio qui retrace ses différentes séries et dont la richesse s’exprime aussi bien en qualité qu’en quantité. De ses profils à ses coeurs, Guilmette transmet, avec douceur, l’affirmation d’un talent certain.

Guilmette étudie l’architecture et le dessin académique à l’Université de Grenoble, France. Parallèlement à cela, elle s’inscrit aux Beaux-Arts de Paris où elle suit des cours en tant qu’élève libre pour la sculpture - elle a toujours possédé un goût particulier pour cette dernière. Elle suit, notamment, les cours de Simone Magnan, deuxième prix de Rome. Cette femme possédait un oeil et un pouce qui effrayait tout le monde, me confie-t-elle, en riant. Elle fut très présente dans sa vie et l’a soutenue durant ses études. Sa disparition l’a beaucoup marquée. Sa passion pour la sculpture continue encore aujourd’hui puisqu’elle donne des cours de sculpture stéatite. Elle découle sans conteste d’une première passion qu’elle possédait pour le dessin depuis l’enfance. Petite, Guilmette dessine énormément. Elle continue encore aujourd’hui et elle donne même des cours de dessin académique sur modèle vivant. Elle me dit d’ailleurs « quand on sait dessiner un corps, on sait dessiner beaucoup de choses. ».

 

Lorsque je l’écoute, je me rends compte de l’ardeur avec laquelle elle met toute son énergie dans son art aussi bien pour elle, que pour le public, ou même ses élèves. L’envie de partager son savoir est d’une importance capitale. Au fond, l’art est une forme d’éducation. Je lui parle ainsi de l’Espace et de son concept éducatif; comment, par l’art contemporain il est possible de faire passer des messages clairs et précis au travers de l’intime que nous retrouvons dans le processus de l’artiste. Guilmette est d’accord avec cela et me manifeste son enthousiasme pour cette vision de l’art. Dans un contexte personnelle, elle raconte, en effet, qu’une fois, lors de la garde de sa petite-fille, elle dut se lever tôt et lui trouvé une occupation. C’est alors qu’elle lui fit peindre des aquarelles sur papier. Tout en dirigeant sa main, Guilmette guidait la petite qui traçait des lignes. Elle se prit également à cette passion du dessin et dessine énormément, me dit-elle. Elle n’est âgée que d’un an - une artiste est née. Guilmette ajoute qu’elle dessine d’ailleurs des personnages actuellement.

Nous en venons à son portfolio qui dévoile, de prime abord, ses fameux profils minimalistes ; ceux-ci captent mon intention. De par leurs lignes simples et tellement subjectives, leurs tracés se mêlent au différents fonds de couleurs qui renforcent la trajectoire sûre de leurs buts. Ils laissent apparaître la douceur des traits d’un visage élaboré de profil en ajoutant, à chaque fois, un détail minime mais majeur qui leurs confèrent tout un sens. Guilmette me dit alors que ces oeuvres sont le

fruit d’une conviction, d’une foi; celle que l’Homme est citoyen du monde - Guilmette est d’origine iranienne et a grandi en France. Le fait d’avoir voyagé et d’avoir vécu à l’étranger lui ont fait concevoir la vie différemment. Durant les mois de confinement, elle réalise d’ailleurs deux oeuvres Entraide et La Demande qui sont le fruit de cette vision qui se devrait être universelle. Elle continue en disant qu’elle a du mal à parler de son art car il faut savoir se détacher, une difficulté qu’elle doit apprendre à faire. J’ajoute qu’il n’est jamais évident d’en parler; la transmission de soi est visible par l’oeuvre mais comme elle peut être peu comprise, les mots sont là pour l’appuyer.

 

Pendant des années, continue-t-elle, elle n’a pas pu créer. Elle pu recommencer en 2003-2004 à Paris mais aussi en Californie, aux Etats-Unis, à partir de 2008 où elle a vécu de nombreuses années.

Dans toutes ses peintures, nous retrouvons la couleur dorée; Guilmette y est très attachée car elle lui rappelle celle de l’or. Elle continue en me disant qu’elle n’est pas matérialiste, et donc pas attachée aux choses matérielles, mais c’est surtout pour la pureté du matériel. Elle me montre une oeuvre dont l’un des éléments utilisés semble être du café. Elle me répond qu’en effet il s’agit de café et s’intitule Danse du café. La conversation tourne autour des diverses œuvres qui défilent sur l’écran et je lui donne quelque clé de ma lecture sur ces dernières. Guilmette m’avoue qu’elle est très touchée par cette lecture qu’elle qualifie de « vraiment juste ». Lorsque nous comprenons son histoire, cela nous donne une vision interprétative de son oeuvre car les deux sont liés; même si l’oeuvre devient autonome. En rapport avec cela, elle ajoute que l’oeuvre doit faire également son chemin. Il devient donc urgent d’accompagner cette dernière vers cette autonomie qui lui sera conférée par un statut et un titre; et ce, tout en évoluant, parfois, au travers d’une série. Outre ses profils, Guilmette réalise des coeurs avec des techniques diverses. Ce coeur possède différentes interprétations possibles.

 

Ici, il pourrait toutefois s’agir de celui de l’artiste qui ajoute des perforés reconstituant ainsi la partie interne du coeur. Ces petites particules nous feraient penser à celles de la vie que nous engrangeons dans cet organe voire même ce qui nous constitue. Mer dorée, par exemple, fait germer et émerger tout ce qui est bien en nous ainsi que le travail que nous devons réaliser sur nous-mêmes ; des particules qui se mettent ensemble pour constituer un tout - les dorées perforés. D’autres de la série auront un autre message tel que le « Coeur » réalisé en aluminium et chiffonné; qui a donc été à l’épreuve de la vie mais qui, malgré cela, continue de battre et ce, très fort. Si vous souhaitez voir l’oeuvre de Guilmette, elle exposera quelques uns de ses modèles vivants ainsi que des profils minimalistes au Café Art’s dans le courant du premier semestre 2021.

Auteure: Marie Bagi, docteure en Histoire de l’art contemporain et Philosophie.

 

Publié le 23 novembre 2020