Lumière sur une artiste

Marie Bagi vous présente,

HduTrem 

"Artiste"

HduTrem
HduTrem

            Aujourd’hui je vous présente l’artiste Hélène du Trémolet, de son nom d’artiste, HduTrem que j’ai rencontré une première fois autour d’un café puis lors d’une de ses expositions chez Ardentis à Lausanne « Histoire de cœurs » – où elle avait été assistante de direction puis responsable marketing il y a quelques années. C’est lors de cette deuxième rencontre que nous avons commencé réellement à parler de son travail. En présence de ses œuvres, je comprends que le mot « intime » les régit et que Hélène a beaucoup à partager.

Installée en Suisse depuis 2005, Hélène a toujours travaillé et mis son âme d’artiste de côté. Pourtant, la création fait partie d’elle depuis l’enfance. Elle avait simplement des difficultés à mettre des mots ou à s’exprimer sur son véritable soi. La société n’aidant pas, son rôle de mère – deux enfants – est aussi prenant. Mais aujourd’hui, elle met un point d’honneur à défendre qui elle est et pourquoi elle crée.

Hélène me guide alors dans cette exposition où je vois défiler des œuvres dont la forme est unique : un cœur. Ce dernier est élaboré avec différentes techniques mais reste le protagoniste majeur de ses toiles. La première œuvre est un cœur dont le rouge est un peu voilé. Elle me raconte qu’elle l’a réalisé lorsqu’elle travaillait dans le milieu de la chimie à Grenoble où elle était entourée de collègues masculins et où les bonnes manières n’étaient pas toujours au rendez-vous. C’est un point de départ, ajoute-t-elle. En 2000, elle réalise des cœurs avec du fil de fer – ce qu’elle me montre à la suite – avec un petit cœur percé en feutre et qu’elle intitule « Fleurs de cœur ». Ce modèle va être également retranscrit sur des toiles. Le résultat est lié à la recherche que Hélène a fait avec le jeu de lumière artificielle et les ombres qui en sont rejetées. Ils sont le symbole d’un amour éphémère, fragile dont les douleurs sont la cause. L’intime, dont je lui avais parlé lors de notre première rencontre, a été un déclic car c’est l’élément qui se trouve derrière la réalisation de chacune de ses œuvres de cœur. Le cœur en feutre est le symbole de l’intensité de l’amour. Elle continue en disant qu’elle aime les gens, en général et que cet amour qu’elle possède est redistribué dans ses cœurs. Sur ces toiles « fil de fer », des couleurs sobres viennent les habiller : rouge, noir et blanc. Une deuxième série vient la compléter un peu plus tard lors d’une période compliquée de sa vie où elle quitte son travail et qu’elle a une prise de conscience sur sa relation à son compagnon qu’elle mettait sur un piédestal. Elle me parle ici de « l’emprise de complicité » et, en effet, je constate que les deux cœurs sur ces toiles sont de tailles diverses ; l’un est plus grand que l’autre. La simplicité du tracé est une allusion au cœur universel que nous connaissons.

A la suite de ces deux séries, nous nous dirigeons vers les « Cœurs aquarelles » et qui sont intimement liés au confinement. Elle me dit alors qu’ils représentent un monde idéal où l’amour dans les foyers règnent en cette période et qui correspondent au périmètre restreint du cœur et à sa forme « physique » imparfaite. Une symbolique empreinte de richesse qui amène la lumière en cette période difficile. Hélène abandonne provisoirement le rouge ici et laisse dialoguer le rose et le noir entre eux afin de rendre le contexte harmonieux.

Vient ensuite la série « Fashionist’Art » qui regroupe des toiles dont les cœurs sont découpés d’après d’anciennes matière textiles tels que des shorts, ou encore des sacs à mains lui ayant appartenu et qui marquent un moment important de sa vie. L’amour qu’elle porte à la mode est ici retransposé dans une œuvre qui va devenir unique. Elle aime appeler ce processus « la transformation de matière hautement émotionnelle », à la manière d’une citation du compositeur Hector Berlioz (1803-1869) « Laquelle des deux puissances peut élever l’Homme aux plus sublimes hauteurs ? L’amour ou la musique ? (…) Pourquoi les séparer, ce sont les deux ailes de l’âme. » Elle se prête au jeu de la renaissance constante, me dit-elle. Cet épisode de vie est aussi lié à la rupture d’avec son compagnon de l’époque qui ne croyait pas à l’art. De cette série, elle me présente particulièrement où se trouvent des petits cœurs rouges découpés. Ceux-ci proviennent d’une ceinture ayant appartenu à sa mère chérie et qui donc prend un tournant sentimental important. En décembre 2020, elle démonte intégralement un piano à queue, découpe le bois noir en cœurs et a le projet d’utiliser les cordes, touches et autres matières pour composer un tableau « Les deux ailes de l’âme ». Chaque œuvre possède un titre. En revanche, c’est très récent qu’elle appose sa signature sur ses cœurs : HduTrem avec un cœur rouge paillette qui vient la compléter.

Plus récemment encore, Hélène s’est également orientée vers le dessin digital avec les encouragements de Christophe Bertschy. Avec ce médium, elle digitalise ses cœurs en cuir par le biais de diverses applications tel que « pixel art ». Le but étant d’arriver à diverses formes mystiques tels des cœurs qui s’élèvent. Elle ajoute de la couleur dans les contours des cœurs tels que l’indigo, le gris bleu ou encore le bleu clair, à quelques-uns de la couleur fluorescente. Elle les fixe ensuite sur des panneaux sur bois.

Hélène aime animer des lieux insolites pour des expositions afin d’y mettre sa touche et raviver parfois ceux qui semblent tristes. Cela fait environ deux ans qu’elle assume pleinement son art et souhaiterait un local pour créer. Elle possède, sans conteste, un talent et une démarche qui lui sont propres et qui sont révélateurs de son affirmation en tant qu’artiste. Une artiste qui mérite donc que nous nous attardions sur sa vie/sa création qui sont intrinsèquement liées.

 

 

 

 

Auteure : Marie Bagi, docteure en Histoire de l’art contemporain et Philosophie

 

Publié le 26 avril 2021