*** Lumière sur une artiste ***

Marie Bagi vous présente,

Krista Gerwing - Aquatre Collectif 

"Artiste peintre, illustratrice et designer"

Krista Gerwing "Vaches"
Krista Gerwing "PaperSuicide" détail

            Aujourd’hui je vous présente l’artiste Krista Gail Gerwing qui m’a chaleureusement accueillie dans son atelier/boutique/galerie de créations à Bussigny, Vaud, « Kapu13k ».

Née à Vancouver, au Canada, d’une mère anglo-suédoise et d’un père hawaïen, Krista est arrivée en Suisse en 1984. Elle est alors âgée de vingt-et-un ans. Passionnée des langues, elle parle l’anglais et le français. Elle a deux enfants qui sont à l’origine du projets messieurs.ch – une agence de création de contenu digital. En Suisse, elle a possédé son premier atelier à Fey, près d’Echallens, Vaud, pour enfin s’installer à Bussigny. Les premières années, elle avait son atelier dans le même immeuble où elle habitait. Puis, elle a trouvé ce magnifique endroit où elle a ouvert non seulement son atelier mais aussi sa boutique, galerie. Jusqu’à l’arrivée de la pandémie, elle organisait des brunchs les week-ends, ce qu’elle aimait particulièrement car il y avait toujours une belle ambiance.

Krista a été bercée dans le monde de l’art depuis l’enfance. En effet, son grand-père maternel était artiste peintre et ses parents possédaient une galerie d’art. Enfant, elle dessinait tout le temps, me confie-t-elle. C’était déjà un besoin vital, dit-elle en riant. Elle entre aux Beaux-Arts de l’Université de la Colombie-Britannique. Après trois ans aux Beaux-Arts, elle étudie durant un an, le graphisme. Il était difficile, au départ, de vivre de son art, me dit-elle, mais elle avait la chance d’avoir sa famille derrière elle qui la soutenait dans sa création. Elle ajoute qu’elle avait de la chance d’être issue d’une famille qui prônait la recherche de ce que nous avons envie de faire. Au Canada, continue-t-elle, elle a toujours travaillé à côté et son père, qui possédait une galerie dans l’ouest canadien, s’occupait de sa promotion en tant qu’artiste. Résidente-artiste dans quatre galeries à Vancouver, ce chapitre de sa vie marque une production artistique relatant des paysages. Au fil des années, elle se dirige vers autre chose que ces derniers, au grand damne des galeries qui ne la suivent pas dans cette évolution. Avec la perte des galeries et lorsque son père prend sa retraite, Krista ne s’occupa plus de sa carrière artistique au Canada, même si elle continuait à exposer en Suisse périodiquement. Cela a duré un certain temps, me dit-elle, ce n’est que lorsqu’elle a repris ce local, il y a quatre ans, qu’elle comprit que rien n’était terminé au niveau création ; elle ne peut pas vivre sans créer. Cette année avec la création du « Aquatre Collectif », elle sent le renouveau ainsi qu’un regain d’énergie.

Sa démarche artistique se loge dans des expériences personnelles ou des événements vécus ou dont elle a été témoin. Les cris et les slogans sont souvent mis en avant dans ses œuvres. De plus, elle crée dans le figuratif car, selon elle, les œuvres sont plus accessibles. Depuis quelque temps, apparaissent également les écrits dans ses œuvres. Cela provient, me dit-elle, sans doute du fait que les galeries ont essayé de la diriger elle et sa production artistique. C’est dans l’air du temps, lui dis-je, et ces galeries-là n’ont pas compris qu’il ne faut pas conditionner un artiste dans sa création car c’est aliéné son être artiste. L’artiste ne peut pas être empêché.e dans son travail car c’est ainsi qu’une fausse idée de l’art circule. Ces personnes vont essayer de convaincre le public qu’une certaine production artistique est dans l’air du temps sans même se référer à ce que l’artiste ressent. Si l’art était perçu de manière plus approfondie et l’artiste pris au sérieux, nous n’en serions pas là. Elle ajoute que ces expériences avec ces galeries ont été une claque mais lui ont permises de de continuer à lutter pour qui elle était/est. Elles n’ont pas compris que cela allait/va au-delà d’elle-même. L’œuvre doit parler au public. L’idée et l’image passent à travers elle mais c’est la seule chose qu’elle réalise, qu’elle influence. Krista me dit ensuite que c’est bien de vendre mais l’essentiel, finalement, c’est de créer.

Lorsque je regarde ses œuvres, je remarque qu’elle a un type de signature en plus de sa signature habituelle. En effet, pour certaines de ses œuvres le mot « kapu » transparaît. Elle me dit que c’est surtout pour les œuvres à slogans car « kapu » en hawaïen signifie « tabou » et donc en relation directe avec la claque qu’elle a prise, comme elle le dit, en rapport avec la nouvelle voie vers laquelle elle s’est dirigée en contradiction totale avec sa production de paysages – qui se vendent toujours très bien – mais qui ne sont plus ses messages premiers. Elle ajoute que certaines de ses œuvres sont difficiles à vendre car les messages « tabous » qu’elle veut exprimer ne sont pas bien accueillis par le public. Mais, me dit-elle, ce sont des choses qu’elle se doit d’exprimer et qu’elle ne peut refouler. Un besoin d’expression, c’est aussi aller au-delà du tabou et accepter que cela existe. Encore une fois, ce n’est pas parce qu’une œuvre est esthétiquement belle qu’elle est vraie. Le Beau réside dans la splendeur du vrai comme le disait Platon. Et donc, à l’issue de cela, il est important de considérer que ce qui est authentique témoigne d’une certaine beauté. Dans les œuvres de Krista, c’est ce que je lis. Elles sont belles car elles sont vraies, authentiques mais aussi parce qu’elles relatent une histoire que nous ne pouvons ignorer car vraies. En effet, elle me montre ainsi une œuvre où une petite fille est en train d’accoucher. Certes ceci peut paraître choquant mais il s’agit aussi d’une situation qu’il faut dénoncer car cela existe, malheureusement. Puis, elle me montre des autoportraits où elle se met en scène notamment en situation de pendaison. Elle me raconte qu’elle a beaucoup culpabilisé d’avoir quitté son mari et c’était un moyen d’extrait cette émotion qui l’habitait. Nous retrouvons également l’humour à plusieurs reprises dans ses toiles puisqu’elle aime les situations parfois grotesques et va puiser sa source d’inspiration parmi ses souvenirs ou son entourage. Krista termine en disant que le tableau a une histoire différente en rapport avec celui qui le contemple et que de ce fait, l’interprétation du public est toujours intéressante puisqu’elle peut y voir une lecture différente de celle qu’elle propose. A cela elle ajoute, lorsque nous sommes artistes, nous doutons tout le temps. Je pense que cette affirmation est vraie car nous ne savons jamais de quoi demain est fait et, pour l’artiste, c’est d’autant plus dur sachant que, bien des fois, elle.il n’est pas pris.e au sérieux. En soi, il est essentiel de revoir ce qui rattache l’artiste à son travail et quelles sont ses motivations. Comme je le répète souvent, il est impossible de devenir artiste car elle.il naisse ainsi. Krista, en cela, est l’une de celles qui savait que sa destinée était liée au monde de l’art et que celui-ci serait difficile à atteindre. Mais malgré tout, elle arrive à trouver son chemin et réussit à s’épanouir dans sa création. De messages forts, Krista nous en délivre beaucoup et, j’espère, que cela perdure longtemps car nous avons besoin de découvrir et de se plonger dans un tel travail.

 

 

Auteure : Marie Bagi, docteure en Histoire de l’art contemporain et Philosophie

 

Publié le 6 septembre 2021