*** Lumière sur une artiste ***

Marie Bagi vous présente,

Miren Amaya Ormaeche Hernandez 

"Artiste plasticienne"

Série -Muscle cardiaque
Série -Reflets

            Aujourd’hui je vous présente l’artiste Miren Amaya Ormaeche Hernandez que j’ai eu le plaisir de rencontrer autour d’un café de Lausanne. Elle m’emmène dans son récit de vie et de création où joie, mélancolie et combativité se mélangent. Je ressens la femme mais aussi l’artiste forte qui a dû se battre pour arriver à pratiquer sa vocation qui l’anime depuis l’enfance.

Née au Venezuela, au bord de la mer, Miren possède, dès son plus jeune âge, un intérêt certain pour l’art et la littérature. A l’âge de six ans, lorsqu’elle est en vacances chez une copine dont la mère est professeure d’arts visuels, elle emporte un dessin qu’elle aime mais qu’elle ne souhaite pas montrer. Pourtant la mère de sa copine a pu le contempler et dire, tout autant que ses professeurs de l’époque, qu’elle serait peintre car elle était déjà douée. Elle reçoit, de la part de ses parents, une belle boîte de crayons de couleur, son plus beau cadeau, qu’elle ne voulait d’ailleurs pas entamer par peur qu’ils se consument. Souvent, les cadeaux qu’elle recevait était en relation avec le bricolage car sa création est aussi animée par la construction – ce qui l’amena par la suite vers l’ingénierie. Au baccalauréat, elle a un professeur d’histoire de l’art qui lui donne envie de voyager, de visiter des musées. Elle aurait voulu étudier l’histoire de l’art ou encore aller dans une école d’art mais les lieux étaient trop loin. Elle s’est donc dirigée vers des études d’ingénierie mécanique. Lorsqu’elle eut fini, elle est venue vivre en Suisse avec son mari – qu’elle a connu quand elle avait treize ans. Elle ajoute qu’elle a eu de la peine à trouver un travail et ce, sans doute, parce qu’elle était une femme ingénieure. Elle finit par trouver mais ne resta qu’un an et demi car elle se sentait comme une « bête de foire » au milieu de ce monde masculin. Elle décide alors de faire son master en énergie à l’EPFL (Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne). Durant cette période d’études, elle tombe enceinte. A la suite de cela, elle a commencé à donner des cours d’espagnol tout en s’occupant de sa fille ; elle fit de même lorsqu’elle eut sa seconde fille.

En 2002, elle suit des cours de techniques picturales et se lance ainsi en tant qu’autodidacte. Cela lui a permis de se reprendre en main et de se donner des objectifs même si c’était un véritable challenge. Quelque part, l’art lui a sauvé la vie. En 2015, elle quitte l’école où elle enseigne la physique car trop de stress mais aussi car elle veut se dédier à son art et ainsi, trouver des lieux où elle peut exposer. Afin de pouvoir contribuer financièrement à l’entretien de sa famille, elle fait du travail administratif à pourcentage réduit dans une entreprise pour qui donne des cours pour des personnes qui sont en transition de carrière.

L’année dernière fut pour elle une année faite de hauts et de bas à cause du Covid-19. De multiples incertitudes l’ont poussée à se mettre en contact avec d’autres artistes en ligne habitant en Espagne afin de créer une sorte de synergie et de participer à des projets. Cela lui a beaucoup appris surtout au niveau des techniques telles que l’encre ou encore la photographie qu’elle a appris à apprécier lors de balades dans la nature. Sa dernière exposition date de 2019, trop longtemps, me dit-elle. Dernièrement, la technique qu’elle utilise est l’encre de chine. Avec cette dernière, Miren réalise des cœurs mais l’organe du cœur tel qu’il est avec ces battements forts ou légers car il peut y avoir des tempêtes comme il peut y avoir des bonnes choses avec l’idée que tout peut toujours s’améliorer – tout est en évolution, ajoute-t-elle. Un « muscle cardiaque » est d’ailleurs crée lors d’un cours de moulage en céramique. Le cœur est une évidence pour elle car sa création est liée à tout ce qui sort du cœur, de son cœur. Elle a ainsi intitulé l’une de ses œuvres « Ce qui sort du cœur » et où elle a fait participer le public ; il créait des messages sur des étiquettes qui étaient ensuite apposées sur l’œuvre. Un véritable travail sur soi, me dit-elle, parce qu’il est difficile de laisser aller la transformation de son œuvre, de la laisser vivre pour devenir une œuvre collective.

Elle me parle ensuite d’une série qu’elle a intitulé « Les Reflets ». Comme sous l’eau, les images de chaises, notamment, sont déformées. C’est aussi l’incertitude des formes mais aussi de la vie qui est retracée ici. C’est son « point de vue » physique mais aussi général. Avec ces œuvres, elle a gagné le Prix Photo de l’Université de Lausanne en 2018. Son inspiration durant le confinement pour cette série est tout ce qui l’interroge ou tout ce qui l’émerveille comme par exemple, les carreaux des vitres de sa salle de bain – la photographie est carrée et relate comme une décomposition de fruits. L’étude physique et de la lumière l’interpelle, qu’est-ce que nous en obtenons ?

Sa dernière exposition en 2019, mentionnée plus haut, avait pour motivation de faire participer des artistes vénézuéliens ; très difficile à trouver, me dit-elle, car elle voulait vraiment faire intervenir des personnes de là-bas afin de vendre leurs œuvres pour les aider financièrement. Elle a réussi à faire venir les œuvres mais n’a pas tout vendu et avec le confinement, tout s’est arrêté. En parallèle, elle a créé une série intitulée « Préliminaires » qui relate la peur de vieillir et en ce sens, Miren me dit qu'avec le temps elle ne se sent pas plus sage mais assurément plus révoltée. 

En soi, lorsque nous écoutons les événements de sa vie, nous comprenons que Miren a réussi à en tirer le meilleur grâce à ses œuvres qui sont témoins de sa propre réalité ainsi que sa famille qui est un moteur de création et devient ainsi indissociable de son art. Elle a beaucoup à partager et à transmettre, il est donc important qu’elle puisse continuer dans sa voie comme toute artiste qui ne peut faire fi de cette condition qui les anime.

 

 

 

 

Auteure : Marie Bagi, docteure en Histoire de l’art contemporain et Philosophie

 

 

 

Publié le 28 juin 2021