Lumière sur une artiste

Marie Bagi vous présente,

 Myriam Koné 

"Artiste"

Myriam Koné - _Courbes sur wax_ - 2020 -
Myriam Koné - _Femme au foulard_ - 2020

Aujourd’hui je vous présente l’artiste peintre et auteure Myriam Koné. Nous nous sommes rencontrées au Bleu lézard en compagnie de son amie Dina. Avec une conversation rythmée par des thématiques comme la vie, l’art et surtout la création, je compris que Myriam a beaucoup à partager autant de sa personne que de son art. Myriam est issue du métissage entre un père africain de la Côte d’Ivoire, et d’une mère suisse-allemande. Elle a grandi en Allemagne – élevée par sa mère. De retour en Suisse, elle a travaillé treize ans durant tout en, par la suite, élevant ses quatre enfants. Son métissage et la question sur l’identité régissent son art entier. Autant par son écrit que par ses peintures où les visages et les corps dialoguent, ces deux éléments transmettent au public l’intimité de l’artiste et lui fait comprendre l’importance de la création, si élémentaire pour elle. En 2015, c’est la révélation. Elle est à bout et doit s’arrêter de travailler.

 

Myriam écrit, en seulement trois mois, son premier roman « Les pièces multicolores du destin ». Au travers de ce dernier, Myriam touche des questions relatives à l’identité et nous montre également que, malgré certaines difficultés dans la vie, la lumière n’est jamais très loin de nous. Un livre réalisé par l’exultation de l’émotion, me dit-elle. Lors d’un deuxième arrêt de travail forcé, durant Covid-19, elle eut une prise de conscience : en trois mois, à nouveau, elle réalise vingt-deux toiles. Elle ne s’est jamais sentie aussi bien que durant cette période de production sans relâche. Tout doit sortir, me dit-elle, sinon la frustration vient s’installer et c’est mauvais pour elle. Lors de ses expositions, elle va tout donner de sa personne tout comme elle l’a fait pour son livre. Au travers de l’art, elle dévoile son intime où elle exprime sa douleur psychique ainsi que le dépassement de soi. Elle me confie que cela se fait d’ailleurs dans l’urgence ; créer ainsi lui permet d’être plus productive, rit-elle. L’art la canalise. Elle exprime la douleur de manière positive, me confie alors Dina. C’est aussi un moyen de partage pour elle ; celui-ci est d’ailleurs bien décrit dans son texte « Ma caverne exquise » – extrait de son livre.

 

La création fait partie intégrante de sa vie ; Dina me confirme également ce fait. Depuis qu’elles se connaissent, elle a toujours vu Myriam créer. La création a commencé lorsqu’elle avait dix-neuf/ vingt ans et qu’elle fut hospitalisée à Genève. Elle commença à réaliser des dessins et des peintures. Cela lui donnait la force de continuer et de surmonter cette épreuve. Elle s’est mise, par la suite, à créer des bagues mais après avoir eu ses enfants, elle dût momentanément arrêter la création. Lorsque nous regardons le travail artistique de Myriam, nous découvrons que la présence des femmes y est constante. Des portraits féminins, des corps féminins aux courbes avantageuses ainsi que des masques africains marquent sa production. En peinture, elle va travailler essentiellement sur bois où elle intègre divers matériaux tels que le wax – tissu africain -, des cauris ainsi que des bijoux provenant de la Côte d’Ivoire qu’elle va faire dialoguer avec des coquillages trouvés sur le bord du lac Léman. De par ces éléments, Myriam affirme les questions identitaires qui la touchent. Parfois, il est même possible de la reconnaître sur ses toiles. Je ne sais d’ailleurs si c’est voulu. Nous n’avons pas abordé la question lors de cette rencontre.

 

Les diverses couleurs utilisées pour élaborer ces corps et ces visages permettent de souligner les traits et les courbes propres à chacun et désignent également l’importance de ces traits. Les éléments, outre picturaux cités plus haut, viennent embellir le contour de ces traits ou même parfois viennent se greffer sur ces traits. La puissance de son tracé me fait penser que Myriam possède cette rage et cette passion pour l’art qui animent les artistes confirmées. Et même lorsqu’elle s’exprime sur son oeuvre, la sensation de ne pouvoir vivre sans elle se fait ressentir. Cette oeuvre, elle la réalise avec son coeur, « la pièce à vivre de mon antre » comme elle le dit si agréablement dans son texte « Ma caverne exquise ». Car, lorsque nous rencontrons Myriam et que nous discutons avec elle, nous pouvons affirmer qu’elle voit, se comporte et crée avec son coeur.

 

Si son identité et son métissage sont les éléments centraux de sa composition, son coeur, lui, est affublé d’un rôle très important : celui de chef d’orchestre. En effet, il va pouvoir rythmer sa composition afin de rendre vraie son oeuvre qui ne cesse de nous captiver et de nous surprendre. Myriam a beaucoup à transmettre et je me réjouis qu’elle le fasse à l’Espace afin qu’elle puisse sensibiliser le public à la création exprimée par son coeur, ses racines.

 

Auteure : Marie Bagi, docteure en Histoire de l’art contemporain et Philosophie

 

Publié le 2 novembre 2020 

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