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*** Lumière sur une artiste ***

Marie Bagi vous présente,

 Carine Nilson 

Peintresse

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                  Aujourd’hui je vous présente l’artiste Carine Nilson que j’ai eu le plaisir d’aller rencontrer à son atelier, un magnifique espace qu’elle partage avec un autre artiste au cœur de Lutry. Un espace qui rescelle une belle partie de son univers artistique divers et dont le chemin est clair et relatif à son vécu. Rencontre.

Carine est née et grandi à Lausanne d’un père suédois et d’une mère suissesse. Elle a eu, comme elle le dit si joliment, une belle enfance avec un frère plus jeune. Depuis enfant, elle possède la passion du dessin. Cet univers lui a été ouvert par des grands-parents suédois qui étaient tous les deux doués de leurs mains et plus particulièrement par un grand-père qui créait des pierres tombales. En soi, me dit-elle, l’art a toujours été dans sa vie. Ses parents l’avaient même inscrite à un atelier de dessins à la Rue de Bourg, à l’époque, le mercredi après-midi. Elle se souvient de la frustration que c’était de ne pas pouvoir emporter les dessins à la maison, la professeure les conservant pour faire un énorme panneau, ils ont dû, par la suite, disparaître. Dans ce contexte de cours, elle était poussée toujours plus loin et sans influence, c’est ce qu’elle aimait. Elle n’a pas fait d’école d’art et s’est dirigée plutôt vers un apprentissage et ensuite vers une école d’architecture. Aujourd’hui elle travaille à ArchiLab à Pully à temps partiel. Elle me dit qu’elle voit l’architecture comme complémentaire à la peinture. Dès qu’elle a du temps, c’est à l’atelier qu’elle se trouve. C’est toujours un processus.

Carine est mère d’un fils de vingt-cinq ans qui étudie la philosophie à Londres et dont elle est extrêmement fière. Son ex-mari est décédé peu de temps après leur séparation. C’est là qu’elle se confie sur sa « collection bleue », l’une de ses séries. Elle me montre quelques œuvres de cette collection qui sont au mur dans son atelier. Il fallait qu’elle trouve la paix, une sorte d’apaisement intérieur et donc elle a fait « mousser » la matière acrylique en la superposant en lignes pour aller plus loin dans la réflexion, ajoute-t-elle. Les lignes montrent que tout n’est pas lisse, comme l’eau qui se meut, l’acrylique le fait également dans la toile et, même si figé, il semble en constante mouvance. Une sensation de calme emplit celle ou celui qui les contemple. Carine travaille toujours sur plusieurs tableaux à la fois mais ne se disperse pas pour autant. Elle sait très bien où elle se dirige à chaque exécution. Elle ajoute qu’il est difficile parfois de savoir s’arrêter. Parfois, elle pourrait même reprendre certaines œuvres « terminées » car il pourrait manquer encore quelques touches. C’est la passion qui l’emporte et l’envie d’aller toujours plus loin, comme énoncé plus haut. L’idée que cela n’est jamais réellement figé donne une sensation de réconfort. Le mouvement est un élément primordial dans son travail mais également les thèmes qui sont souvent liés à la nature comme le lac ou la lumière naturelle. Les atmosphères, cela reste de la peinture abstraite, mettent parfois les gens mal à l’aise, me confie-t-elle. En effet, ils lui disent souvent qu’il faudrait rajouter un élément figuratif comme un bateau ou quelque chose de rassurant. Pourtant, ses œuvres ne sont pas statiques, elles sont vivantes et cela devrait être un argument suffisant quant au rendu. Lorsque nous bougeons, nous pouvons d’ailleurs apercevoir toutes leurs particularités. Leurs lignes constituées en couches créent la profondeur dans ses œuvres. Elles sont directement inspirées des photographies qu’elle prend des paysages. Mais elle ne va pas chercher à reproduire le paysage tel quel. Ce qu’elle cherche c’est reproduire l’émotion qui l’a touchée au moment où la photographie a été prise. Les couleurs sont également essentielles dans son travail. Le bleu est omniprésent pour aborder les thèmes qui sont d’actualité tel que le climat – la fonte des glaciers avec la non couleur blanche ou l’ocre représentant la terre apparente, notamment – ou les animaux sauvages. Elle a créé d’ailleurs une collection qui s’appelle « Climat » et dont elle me montre une partie, ainsi que sa collection « Fauves » qui met en exergue certains sentiments qu’elle avait en elle au moment de l’exécution. Le rouge est le reflet de cette émotion qu’elle avait en elle et qu’elle apparente à la passion. A chaque couche, Carine capture une photographie afin de voir comment l’œuvre évolue. En général, c’est huit à dix clichés par œuvre. Cela dépend de la persévérance. Elle utilise parfois de large pinceau – dont certains lui ont été offerts par une dame et sont très spéciaux. Elle me dit que c’est comme s’ils devenaient vivants eux-mêmes lorsqu’elle applique la peinture dessus. Comme si quelque chose de magique était en train de se produire sur la toile : la magie du tracé, du pinceau. 

Carine réalise aussi du dessin académique mais dans la spontanéité et le mouvement, ce qui correspond à sa démarche. Elle a suivi des ateliers chez des artistes tels qu’Anne Pantillon ou encore Jacques Walter à Lausanne. Chez ce dernier, il y a modèle qui pose de manière indépendante et c’est l’occasion de pouvoir aller croquer régulièrement. C’est un acte, un geste rapide, ce qu’elle aime. Mais elle aime aussi croquer d’autres modèles afin d’avoir de la diversité dans la représentation du corps. Et cela lui sert dans sa peinture car elle réinterprète ces nus à l’encre de Chine ou encore avec d’autres techniques. Elle ne les a encore jamais exposés. La spontanéité, le mouvement et la lumière sont les mots d’ordre pour la bonne exécution des traits. Chez Anne Pantillon, elle a aussi réalisé des collages et, dans sa collection actuelle, c’est à nouveau présent. Elle colle des slogans qu’elle a trouvé dans des journaux et qui sont forts car elle est interpellée par l’actualité mais aussi car c’est l’occasion de se laisser la liberté de faire de l’humour et de créer la légèreté dans les sujets. Il y a toujours un lien entre les collages d’une œuvre parfois c’est plus caché que d’autres. Elle joue beaucoup sur l’apparence de ses œuvres et invite le public à réfléchir sur elles mais aussi sur la société. Une couche de résine vient les envelopper et incarne la touche finale de son œuvre ; elle joue avec la lumière. Elle ajoute qu’elle les crée pour elle et me dit en riant : « je pose et les gens disposent ». C’est si joliment dit. Des sculptures en céramique sont également réalisées car c’est l’émergence de la forme qu’elle a effectué en dessin ou en peinture. Ces sculptures vivent même lorsqu’elles cuisent dans un atelier au Valentin. C’est en résonnance totale avec ce qu’elle fait entre dessin et peinture. C’est un tout. Mêmes lignes qui bougent, c’est sans fin, me dit-elle, car elle a toujours des choses à dire. Carine a l’idée, dans une prochaine collection, de réaliser les portraits des femmes de sa famille qui sont considérées comme fortes afin de leur rendre hommage – sa grand-mère est décédée à cent ans.

Cela fait huit ans qu’elle possède son atelier et ce, depuis le départ de son ex-mari, comme s’il y avait un lien, un déclic qui lui a fait prendre conscience de l’importance d’avoir son lieu. Le besoin de créer a toujours été là et c’est concrétisé avec cet espace. Quand elle n’est pas à l’atelier, elle gribouille au bureau, c’est inconscient, instinctif. Elle s’est même rendue compte qu’elle changeait de stylos et de couleurs comme si elle élaborait des croquis préparatoires.

En soi, Carine montre sa sensibilité au monde et la rigueur dans son travail artistique agrémenté d’un talent certain. Elle offre une vision intimiste d’un lien qu’elle possède avec la nature quelle qu’elle soit et qui lui donne la possibilité d’exprimer ses émotions tout en suscitant l’émotion chez autrui. Un vrai voyage.

 

Autrice : Marie Bagi, docteure en Histoire de l’art contemporain et Philosophie

 

Publié le 15 octobre 2023

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